Beauté du monde

Un chemin du bout du monde serpente au milieu des bruyères.

L’un de ses virages accueille toute la clarté du soleil levant.

S’offre alors à ta vue l’eau rosée d’un vaste océan gris perle sous le ciel opale

Tu progresses encore dans cette beauté, sans nul autre bruit que celui du ressac qui se précise à ton approche, et là, rouge encore et comme surgi des abimes tranquilles, le soleil apparait au bout de l’horizon mouvant.

Le rivage est habité d’une colonie de mouettes, qui s’ envolent tout soudain criantes. Leurs doux ventres blancs et leurs ailes déployées déchirent le ciel qui d’opale a viré bleu pastel, un bleu flagellé de rayons qui l’irisent, sous la mer qui se dore et scintille.

Le soleil jaunit, flamboie, et au fur et a mesure qu’il monte, ce grand alchimiste transmute l’eau en or.

L’ombre anthracite suit le chien fou qui bondit ça et là au grand émoi des mouettes en piqué.

Sur la mer, apparue de nulle part, ombre noire sur l’or liquide, une barque fragile trace son sillon.

Devant tant de beauté ton cœur exulte et debout sur la pointe du monde, petite face à l’immensité, cette vision te transperce, et tu voudrais rire et tu voudrais pleurer.

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Christétoffe

Le cousin n’a pas de toile contrairement au coussin, au coussin en toile, en toile de lin.

Mon cousin n’a plus de toile, à revêtir matin, pour s’habiller en toile, en toile de lin, toile de coussin.

L’araignée tisse sa toile, sa toile de lin, toile de chagrin.

Mon corps à vélo file, file dans l’ air chaud, pousse sur les pédales, file et se souvient mon cousin n’a plus de toile à revêtir matin.

Sur la route du Bourg, mon corps lui tisse une toile, toile de souvenirs, souvenirs en étoiles, que les roues du vélo, de rayons étoilés,égrènent sur la route

Mon corps pousse sur les pédales pousse et se souvient, face à l’océan blème comme toile de lin, cœur d’albâtre des mouettes, qui tournent et qui s’abattent

Le chagrin s’entėte, araignée dans la tête, en passant le pont blanc

Mon cousin n’a plus de toile à revêtir matin..

Couché dans la toile

Il file comme une étoile

Au petit matin

C’était un chat noir

C était un chat noir sur le bord de ma route

La prunelle vive et le pelage soyeux

Ce très joli chat fit des mines et but du lait

Calin contre tes jambes il a frotté sans doute

Son petit museau rose et ses pattes gantées

La prunelle tendre de son doux regard bleu

Tendue vers la gamelle que tu préparais

Du moins j’imagine le voyant de la sorte

Qu’il a voulu sortir, qu’on lui ouvrit la porte

Ce très beau chat noir qui les voitures déroute

Allongé sans vie, mort, sur le bord de la route

Son petit cœur ne bat ni son ronron ne résonne

Sur son regard la fine paupière s’est close

Il ne viendra plus câlin, contre toi frotter

Son doux regard bleu n’apaisera plus tes jours

Les voitures passent dans un grondement sourd

les voitures filent indifférentes elles passent

Les voitures passent et les chats trépassent

Je pense à ton chagrin, je pense a toi qui pleure

Quoi je n’ai plus ce chat que j’ avais tout à l’heure ?

Tu pleures ton beau chat noir ce soir désolée

Puisse le ciel l’accueillir et qu’il repose en paix

Jean-Claude

Tu aurais pu être un artiste

Si tu n’ étais mort en chemin

Ce que ta sœur atteste triste

Partage ce don colle et peint

Ce que les hommes cruels nomment

Destin te lamina en somme.

Au jeu tragique de la guerre

D’y jouer, étais-tu fier?

Es-tu parti joyeux ? ou bien

Parti, pour défendre ton bien?

On t’a dit « les Teutons sont là. »

Ton frère est parti au combat

La vile guerre était en marche

Au pas lourd des bottes hostiles

Passant sous les belles arches

Et sur les ponts de cette ville

C’était à Lunéville ou Metz

Un dimanche à l’heure de la messe.

Tu avais, a-t-elle dit, de l’or

Comme au dehors au dedans, de l’or

Un cœur d’or, de l’or dans les mains

Sont il de toi ces beaux dessins

Fines aquarelles et lavis ?

Que l’on découvre émus ravis?

Au dessus des photos jaunies

De ces vieux albums de famille ?

Tes 19 ans figés nous parlent

Au dessus de l’àtre ils parlent

Sous un front haut, visage d’ange

T’ a-t-on dit « vois les all’mands là »

T’a-t-on dit « va vole et nous venge? »

A la guerre ton aîné va

T es-tu dit ?  » et pourquoi pas moi ! »

Qu’importe ce qui s’ est dit

Un jour au maquis tu partis

Vous partites deux frères en chantant,

Ou partites deux frères en pleurant

Presque encore deux enfants.

A la guerre comme l’ainé

De résistance auréolé

De si jolis petits soldats.

Vous êtes enrôlés dans les bois

De votre enfance départis

En prenant le maquis.

Et c’ est ce dimanche maudit

Que vous fùtes traqués en fuite

Deux frères qui aimaient la vie

L’un survit conta cette traque

Qui dut son salut à l ‘autel

Où le dissimula le prêtre.

L’ autre c’ était toi

Tu ne revins pas

Tu aurais pu être un artiste.

Ce que ta sœur atteste triste

Si tu n’ étais mort en chemin.

Ils étaient deux frangins

Presque encore des enfants

L’un caché sous l autel.

L’autre sacrifiê haut et court

Sur l autel de la bravoure

Au grand gâchis de petits hommes

Que les cruelles guerres font.

Tu aurais pu être un artiste

M’a dit un jour ma tante triste

Si tu n’ étais mort en chemin

Dans cette vieille Maî mon amour

Sous les ciels changeant, mon amour, de Normandie

Dans cette vieille Mai, ouverte sur le pré

Efface de ton front les rides du souci

Invente pour moi des tendresses insensées

Rêveuse face à la mer qui vagues s’espace

Je rêve entre nous d’océans de caresses

Éprise du ventre doux des oiseaux qui passent

Pour habiller de soie les quotidiens moroses

Baignée dans ton amour j’ afronterais je crois

Des échos du monde l’insondable tristesse

Pour quand le chemin gris le parsemer de roses

Occulter de nos vies l’épouvante et l’effroi

Sous les ciels changeants, mon amour, de Normandie

Efface de ton front les rides du souci

La misère du monde

Elle fait les ménages à l’ hôtel de la gare

Blonde rose et avenante elle s »active

Son petit salaire lui permet tout juste d’ élever sa fille et vivre à la campagne
Elle ne voudrait pas vivre en ville de toute façon…en ville..
Il y a trop d’ étrangers
Trop de gens qui profitent aussi
Surtout les Roms, les Roms elle ne les aime pas,
Elle n’ est pas raciste simplement trop de Français souffrent qui ne sont pas aidés alors que les étrangers vous pensez …
Elle a pourtant bon cœur et parle des larmes dans la voix de ce monsieur qui a tout perdu en Afrique, qui n’ a pas pu faire venir sa femme et son enfant et a ensuite appris qu’ils étaient morts, ou cette femme battue jetée hors de chez elle et que la gendarmerie n a pas voulu recevoir, pas en dehors des heures de service revenez demain lui aurait on dit ..
Ceux là, dit elle, on a envie de les aider

Mais les autres, tous les autres qui sont dans la rue, qui mendient sans qu’on sache pourquoi, ceux qui osent mettre le sandwich donné à la poubelle, comme cette femme un jour.. Ah non ceux là non on n’en veut pas ! Qu ils restent dans leur pays !

Elle fait les ménages à l’hôtel de la gare

Elle a bon cœur, elle fait partie des gens qui souffrent au quotidien pour joindre les deux bouts..

Blonde, rose et avenante, pas raciste non mais « comprenez on ne peut pas accueillir toute cette misére, on n’a déjà pas de travail pour nous, alors les pas comme nous, les profiteurs, on n’en veut pas !  »

Elle regarde la télé, elle écoute la radio, ils le disent bien tous, l’insécurité est à nos portes, gardez vos filles… elle a peur dans la rue..

Blonde, rose et avenante …elle fait les ménages à l’hôtel de la gare.

Perles de rosées

C’est un chemin de perles de rosées vert de cœur et sinuant gaillardement,

C’est une fragrance d autrefois, odeurs de pins, feuilles mouillées, noisettes,

C’est un chemin montant d’amour en silence qu’ un ciel brouillé, soleil rasant, surplombe,

Ivre des mûres qui s’ offrent, il chante encore guilleret avec la voix de Mireille, ce petit chemin qui fait trois petits tours dans les bois. .

Et dans mon souvenir c’est ma mère que je vois avec sa canne son pot à lait son doux sourire..

A chaque sente gravie et dans chaque mure cueillie, Maman qui n’ est plus là