Réminiscences

Trois paons se pavanent le long des grilles de leur enclos. Ils ignorent superbement les « Léon , Léon !! » que leur crient les gamins massés devant eux. Faire la roue ? Ils ont déjà donné plusieurs fois dans la journée, ils sont fatigués. Géraldine ouvre de grands yeux, fascinée par leurs couleurs chatoyantes, l’aigrette qui bouge sur leur tête. Sa petite main potelée passée entre les barreaux, elle aimerait bien toucher un de ces magnifiques volatiles qui la changent c’est sûr, des vieilles poules acariâtres de Pépé François.

Géraldine ! Ouh Ouh Géraldine !! on a faim, on va goûter !! Géraldine sursauta et abandonna là sa contemplation du fauteuil marqueté sur le dossier duquel se pavanaient trois magnifiques paons brodés. Ces trois paons qui l’avaient plongée dans une rêverie prolongée, lui rappelaient cette visite au zoo l’année de ses 5 ans. Elle soupira c’était loin tout ça et secouant la tête, elle se disposa à rejoindre ses jeunes frères qui chahutaient joyeusement dans la pièce à coté.

Elle se dirigeait vers la porte quand un homme entrant vivement , la heurta et sans même s’excuser se précipita vers ce même fauteuil qu’elle admirait tout à l’heure. Lui semblait scruter avidement le portrait fixé au dessus du fauteuil et les observant tous deux, elle remarqua avec stupeur une similitude d’habillement entre l’homme représenté sur le tableau et ce jeune homme. Il était d’ailleurs vêtu d’une bien étrange façon et semblait tout droit sorti d’une reconstitution historique avec cet habit désuet. Géraldine haussa les épaules «  peut-être y avait il un bal costumé ou on tournait un film quelque part dans le musée »…

Elle sortit de la pièce et entreprit de chercher la cafétéria où certainement elle allait retrouver ses gredins de frères, confortablement installés. Eux, les tableaux, les vieux meubles … c’était pas trop leur trip et elle enrageait de toujours devoir les emmener.

Tandis qu’elle marchait, une part de son esprit préoccupé était restée dans la salle qu’elle venait de quitter. Toute perdue dans sa rêverie, elle n’avait pas regardé très attentivement cet homme qui l’avait bousculée mais un détail ne collait pas. Il lui avait paru bizarre, oui c’est ça bizarre, au fait, n’avait-t-il pas quelque chose comme des antennes qui lui sortaient de la tête ? Il lui fallut tout à coup en avoir le cœur net, elle fit volte face et repris la succession des salles en sens inverse, le cœur battant, la sueur au front.. Elle arriva hors d’haleine devant la salle, poussa la porte et là ébahie, sidérée, au bord de la nausée. Elle vit ce que son esprit lui avait caché l’instant d’avant . L’homme costumé n’était pas un homme : c’était un cancrelat !

Elle eut le temps de s’écrier « Mon Dieu, Kafka, c’était donc vrai !!! » avant de s’évanouir.

(2001 )

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