Jean-René

J’aurais voulu être musicien se disait amèrement  Jean-René tout en massant sa cheville endolorie, pas coureur de fond, non, ni coureur de quoi que ce soit d’ailleurs !

A la rigueur se dit-il égrillard, à la rigueur coureur de filles, je leur aurais chanté ma chansonnette « et vas y Simone que je te… »

Non, n’allez pas croire Jean-René mauvais bougre, seulement depuis qu’il avait perdu son boulot, que sa femme l’avait quitté, que son clebs était décédé, Jean-René tournait en rond, dans sa vie, pas rond dans sa tête, Jean-René filait comme on dit un mauvais coton.

A force d’être seul, sans le sou, toutes ces années à courir d’assedic en petits boulots, toutes ces années de vaches maigres, lui avaient tourné le ciboulot, aigri la réflexion et pour tout dire et filer la métaphore, ces vaches maigres lui donnaient un caractère de cochon.

Jean-René du coup et pour rompre son ennui,matait et  reluquait, reluquait et matait sans cesse ses voisines, et la nuit dans ses insomnies fantasmait sur l’incroyablement gros, énorme, gigantissime cul de sa concierge.

Ce pourquoi Jean-René s’était mis à courir, tirant chaque jour, ses 12/15 kilomètres de course. La course l’apaise, chaque foulée l’éloigne un peu plus de ses obsessions qui le tourmentent, du malheur qui le ronge. C’est simple, s’il ne courait pas il boirait ou pire… Et l’espace d’un instant l’image lui est venue, cette image récurrente, celle qui les premiers temps de son malheur ne le quittait pas, le dos de la femme qu’il a aimé, ce moment ou claquant la porte elle est partie ou lui, rouvrant la porte pour lui crier Reviens  lui courir après, n’a pas pu, est resté hébété sur le seuil un long moment regardant ce dos s’éloigner et rétrécir jusqu’à disparaitre au bout de la rue..

C’est alors qu’il a fait un faux pas, que cette idée, totalement incongrue lui a d’abord traversé l’esprit puis s’est imposée à lui « J’aurais voulu être musicien » Comment ça musicien ? musicien de qui de quoi ? se dit-il tout en massant sa cheville endolorie ?

C’est alors qu’il s’est mis à rire, un rire énorme, tonitruant, à se pisser dessus de rire, à faire se retourner sur lui les passants dans la rue.  Jean-René ne pouvait plus se retenir de rire, chaque salve le libérait un peu plus, chaque salve et une de ses souffrances lui paraissait s’envoler jusqu’à ce qu’il se sente léger, léger comme jamais, alors apaisé e heureux il repartit à cloche pied. Ce soir se dit-il je saute le pas, j’invite la concierge à diner, je ressors mes vinyls, je lui pousse ma chansonnette et peut-être…

 

 

 

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