Virgule

Virgule, le dromadaire sympa, paissait paisiblement dans l’oasis illuminée par les projecteurs du petit cirque auquel il appartenait.

Broutant l’herbe rase de son enclos, il songeait, heureux et insouciant, à la chèvre de Monsieur Seguin, et à sa triste fin.

« Ce n’est pas à moi, se disait-t-il, que ce genre de choses arriverait, je suis, moi, un dromadaire philosophe et sais, en vrai hédoniste, me satisfaire de peu. Ca non, ce n’est pas moi qui irais sottement soupirer après l’herbe parfumée des montagnes. »

Ainsi parlait ce dromadaire lettré, tout en frottant voluptueusement sa bosse étique contre la palissade rugueuse de son enclos. Pourtant, tant caressa notre Virgule, sa bosse contre l’enclos qu’à la fin la palissade céda. Voici notre animal philosophe tout étonné, être libre sans même l’avoir désiré ? Voilà qui était surprenant ! Son premier mouvement fut de refuser cette liberté offerte de manière si impromptue, et quoi jargonnait-t-il en son langage dromadesque : « J’ironisais tantôt, songeant à cette stupide chèvre et je renoncerais à la sécurité de mon enclos, je sortirais de ma vie toute tracée de dromadaire de cirque, je renoncerais aux projecteurs, aux rires des enfants ? » Ainsi songeait Virgule adossé à son enclos, le plus loin possible de cette ouverture par la volupté créée. L’enclos, cependant, n’était pas bien grand, et quelque effort qu’il fit, son œil, se tournait toujours vers le trou et tout en paissant, insensiblement l’animal s’en approcha.

Sa vie de cirque ne lui paraissait plus aussi heureuse à présent qu’une alternative lui était proposée, les nombreuses humiliations subies lui revenaient toutes en mémoire : Ne l’obligeait-on pas depuis des années, à se tenir debout sure ses pattes antérieures, affublé d’un jupon et d’un soutien-gorge ? Lui revient alors en mémoire son grand-père, ses histoires d’aventureuses chevauchées dans le Oued. Il était bien bête, crut-il l’entendre gronder, de ne pas profiter de cette chance de changer de vie !

D’ailleurs n’entendait-il pas quelqu’un venir ?? Vite, vite !! Partons !

Et Virgule, prit la poudre d’escampette, et franchissant la palissade écroulée, s’élança vers la liberté, à peine sentit-t-il le traître clou, qui au passage, lui déchira la croupe.

« Il me faudrait bien un pansement pour me panser » pensa-t-il en riant… « Un pansement ? » Dit une petite voix au-dessus de lui  « un pansement tu n’y penses pas, encore une invention des hommes » C’était, jaune et virevoltant, Camomille, le canari du cirque, qui le voyant partir, l’accompagnait dans sa fuite.

Échelle de Jacob (années 2000)

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