Objets inanimés, avez-vous donc une âme?

Que fait cette vieille voiture cette 2o5 garée devant chez moi, immobile comme laissée pour compte au bout de mon chemin ?

Je peste tous les matins contre elle en manœuvrant pour la dépasser et tous les soirs faisant de même je me questionne : que fait-elle donc ici ? À qui appartient- elle ? Mais que fait elle donc devant chez moi ?

D’ un blanc un peu passé, salie par les intempéries,  les pneus légèrement dégonflés, ses vitres sont sales et sur toute la carrosserie la poussière accumulée de tout un été de sécheresse lui fait comme une croute.

Elle m’intrigue et tous les jours j’imagine de nouveaux scénarios. Cache-t-elle dans son coffre un cadavre ? A-t-elle été laissée là à la suite d’une dispute d’amoureux ? Et les amants ensuite sont-ils partis chacun au bout du monde, (mais pas le même ) oubliant là leur vieille complice de virées ?

C’est rageant tous les matin, intrigant tous les soirs, ça meuble ma solitude, cette voiture je m’en ferais presque, tiens, une amie, une confidente !

Objets inanimés avez-vous donc une âme ?

Le soir j’arrive dans la fraicheur du soir qui tombe, elle semble, plus encore, abandonnée, alors je lui fait un petit appel de phare et il me semble qu’elle me répond, son pare-brise satiné de poussière luit d’une lueur amicale.

Un soir, elle était là depuis bien trois mois, je me suis décidé : « je vais sortir » me suis-je dit « aller à pied jusqu’au bout du chemin et là, armé d’un pied de biche je percerai son secret ».

J’ai hésité encore deux longues heures à perpétrer mon forfait… Pourquoi le faire ? Est-ce que tout un chacun, même une voiture, n’a pas le droit à ses petits secrets ?

Derrière ces considérations morales d’autres considérations plus pragmatiques m’occupaient l’esprit : Et si les voisins m’entendaient ? Qu’allaient-ils penser de moi ? Et s’ils appelaient la police ?

Le doute me torturait et bien qu’habillé pour sortir je me servis un petit verre de calva que pour m’encourager je bus d’une traite, puis un autre, et encore un autre… jusqu’à m’assoupir dans le canapé de l’entrée qui démultiplié semblait me tendre les bras…

Cette nuit là j’ai vu la vieille voiture, elle avait suivi le chemin, elle venait me chercher, elle s’était trouvé un lavomatic et brillait de toute sa blancheur retrouvée, ses feux clignotaient gaiement, elle klaxonnait tout doucement et ses phares m’ont fait comme un clin d’œil alors je suis sorti, m’élançant vers elle et…

Je me suis réveillé, une grosse cloche avait comme élu domicile au fond de mon crâne et y battait le tocsin.

Pris d’une impulsion, pieds nus, les cheveux ébouriffés, j’ai couru jusqu’au bout du chemin…Elle n’y était plus.

Je ne l’ai jamais revue, je n’ai jamais su ce qu’elle faisait devant chez moi mais parfois la nuit quand je bois un coup de trop, elle vient me chercher.

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