Comment peut-on ?

Il n’a rien dit, il a souri beaucoup
Beaucoup remercié, il s’est levé souvent…
Pour aider
Il nous a parlé en réponse aux questions
Oui son pays est très vert on le nomme
Le château d’eau de l’Afrique
Il habitait oui au bord de la mer
Dans la capitale
Et non il n’y a plus de famille sinon un frère
Il voudrait être maçon ou peintre,
Peintre en bâtiment
C’est un très jeune homme,
presque encore un jeune garçon
Mais
Dans son visage noir il y a
Toute la maturité
De ceux qui ont souffert et lutté
Dans son maintien
Toute la dignité
De l’homme grandi trop tôt
Qui s’efforce de tenir debout
Contre vents et marées.
Ce qu’il a subi en Méditerranée
Il n’en parle pas
Il dit juste qu’il a eu de la chance
Dieu était avec lui.
Il pleure son ami
Son pote de traversée tombé
Tombé en Italie
Sous les coups des policiers.
Il pleure sans larmes
Seule une légère crispation de tout son visage
Pour dire qu’il est triste
Infiniment et révolté peut-être
Qui ne le serait pas
Mais ça il ne le dit pas.
A-t-il seulement le droit ?
Lui qui a si peu le droit d’exister,
Qui ne peut ni travailler ni s’établir,
A peine étudier ?
Le gouvernement ne le permet pas
Il doit attendre pour les 18 mois réglementaires
Ceux qui lui permettront
De seulement demander
Le permis de séjourner..
Quelle monstrueuse absurdité !!
Il n’a rien dit il a souri beaucoup
Beaucoup remercié il s’est levé souvent
Pour aider.
Quand même au fil du temps
Et d’une balade
Détendu, confiant
Il a parlé..
Et comme un fil se dévide de sa pelote
Les fait rien que les fait Monsieur le Procureur,
Il s’est raconté un peu :
Les trois mois en Libye
A payer « sa prison »
Par des travaux de force
De ceux qu’on confie d’ordinaire
A des hommes des vrais
Pas des gamins de 16 printemps.
Il a raconté les sacs si lourds
qui les épaules sciaient
et le souffle raccourcissaient,
Quand il fallait monter
En haut des escaliers.
Il a raconté les journées si chaudes et les nuits glaciales
Le sable à perte de vue
Le manque d’arbres, ça il l’a répété plusieurs fois « pas un arbre tu imagines ? »
Il a dit que c’était long.
Il a dit quelque fois les gens ont pitié
Alors ils nous font travailler
Et nous payent le passage.
Il a dit…
J’ai eu de la chance
Il a dit
Ici les gens sont gentils
Pas comme à « Napoli », Bologne, Milan.
Il a du mendier
Dormir dans la rue
Voir les regards se détourner
Il s’est fait dit-il exploiter, voler…
De tout ça il ne se plaint pas.
Il est là et c’est ce qui compte dit-il
Des violences dans ce centre de Milan
Il ne parle pas plus, son corps parle pour lui
Qui se crispe quand il dit
Au centre il y avait beaucoup de violences
Ils ont du le fermer.
Il s’est enfui comme le lui a conseillé une des dames
Les larmes aux yeux dit-il elle lui a dit
Sauve toi prend le premier train va en France n’importe où
Ce qu’il a fait
Pour une nouvelle errance.
Quelque semaines à mendier dans les rue de Marseille, puis de Lyon
La peur au ventre
Encore et toujours
Et surtout dit-il la hantise
De ne pouvoir manger
Il est reparti
Au hasard des trains et le voici.
Oui il aime le foot, non il n’est pas allé à l’école ou si peu
Sa famille ? Non personne ne l’attend dans aucun pays de la vieille Europe
Ni aux États-Unis
Personne vraiment…
Il a dit
Ici les gens sont gentils
Il fait bien attention à traverser dans les clous
En voiture Il te dit « mets ta ceinture » il a peur d’être renvoyé
Où ?
On ne sait pas.
Dans son visage noir, si noir et cependant si semblable au notre
Ses yeux sont d’une insondable mélancolie
Mais ici il joue
Comme l’enfant qu’il n’est plus
Il joue
Comme l’enfance qu’on lui a volé
Il joue
Avec l’enfant
Avec le chien
Le chat qu’il caresse.
Il dit
Bonjour et merci beaucoup et c’est assez merci et c’est trop vraiment
Je peux aider ?
Je peux le faire : jardiner, bricoler, vous aider,
Je peux…
Il est ton frère humain
Ton alter ego
Il n’était qu’un enfant
Que lui a-ton fait
Comment peut-on ?
Il n’a rien dit, il a souri beaucoup
Beaucoup remercié, il s’est levé souvent…
Pour aider.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s