Maman dix ans déjà

Maman chérie
Je tenais à témoigner, par delà la mort qui nous sépare, de la profondeur de mon amour pour toi, ma petite maman.

10 ans déjà que tu ne nous éclaires plus de ton chaud sourire, que les intonations un peu voilées de ta chère voix se sont envolées avec ton âme quelque part dans les étoiles.
10 ans que tes enthousiasmes, tes émerveillements, tes emportements, ta distraction légendaire ne sont plus à notre menu de vie.

Des images de toi me viennent en foule, toi qui la détestait, et je n’ai pas envie de choisir entre toutes.

Je me souviens de toi, de ton regard bleu, bleu colère parfois, tendresse souvent, ta façon de t’asseoir, une jambe repliée sous toi, de lire debout accoudée à la table, ton activité incessante : les tricots, la couture, la cuisine, les courses avec le cabas à roulette, puis le sac à dos, le jardinage…

Je me souviens que même vieille je te trouvais belle, malgré tes robes et manteaux sans prétention, tes drôles de petits chapeaux. Tu n’avais pas la distinction des mamans de mes petits camarades de classe, mais autrement plus belle, tu étais, petite maman, juchée sur ton 36 fillette, une grande dame avec un cœur immense.

Je me souviens maman de ta grande rigueur morale et de la maxime qui l’accompagnait « qui vole un œuf, vole un bœuf » et en même temps de ton extrême générosité et de cette indulgence que tu avais pour les jeunes de ton travail et d’une manière générale, pour tous ceux que tu estimais, d’une manière ou d’une autre, déshérités.

Je me souviens de ton amour pour moi, tu m’appelais ma trésorette et même ma trésorette chérie.

Je me souviens de nos désaccords, d’avoir souffert de ta désapprobation que tu savais parfois manifester de manière cruelle et en même temps de cet immense, incroyable amour où tu puisais la force de m’aimer, même lorsque mes choix de vie te dérangeaient.

Je me souviens de mon enfance bercée par le crépitement de ta machine à écrire, de notre fierté quand tu as repris des études et décroché ce diplôme à l’école des hautes études en sciences sociales, de ton investissement dans ton travail, au point d’inviter des enfants à séjourner chez nous, comme cette jeune fille qui voulait se défenestrer « comme sa mère » ou comme le « petit Peter » qui fut mon compagnon de jeux et un de mes premiers prétendants.

Je me souviens du quotidien, de ces petit bain chaud dans lesquels nous nous glissions à ta suite et de la phrase rituelle qui les précédaient « Qui veut profiter d’un bon petit tub , d’un bon petit bain chaud ?  »

Je te revois assisse à la table du petit déjeuner nous accueillir en chantonnant « Ouvrez vos yeux charmants », je te revois assise à coté d’un berceau chantant  « doucement, doucement », dodelinant de la tête et t’endormant sous l’œil vif d’un bébé, lui, bien réveillé.

Je me souviens des promenades comme tu marchais vite, puis soudain te laissais distancer « Allez, allez devant » parce-qu’un pet ou une petite envie de pipi te venait.

Je me souviens des pots à lait, devenus pots à mures et de tes cueillettes , des chansons du soir et surtout celles que tu aimais chanter avec nous : La belle dame de Bordeaux, les crapauds et cette histoire triste d’une fille étendue morte sur le bord du chemin.

Je me souviens des soirées, odeurs de confitures clapotant doucement, des parties de canasta, des crapettes, des tisanes.

Je me souviens des repas pantagruéliques et de toutes tes petites formules à nous rendre tous obèses « mange que tu ne sais ce qui te mangera demain », l’appétit vient en mangeant..

Je me souviens des thés qui suivaient les promenades digestives avec leur cortège de « départs au thé », cakes aux fruits confits Brossard, gâteaux faits maison, restes de tartes…

Quand tu conduisais encore je me souviens de tes arrivées à V., retour de quelques courses ou visites, klaxonnant à tous les tournants, dans ta petite 4L rouge.

Je me souviens de tes tristesses au milieu de tous tes gens, de parfois ta solitude, je me rappelle que je t’ai vue pleurer toute seule dans cette petite cuisine du 166. Tu me disais que c’était la cigarette.

Je me souviens d’avoir voulu te parler cœur à cœur mainte et mainte fois mais n’avoir pas pu, des promenades du soir pour que les chiens fassent leur dernier petit pipi, où tu ressassais inlassablement les histoires de famille et où je t’écoutais, tout à la fois intéressée et légèrement frustrée.

Je me souviens des chattes Spirou et Chatsie , des chiens Barry, mon chien que vous avez fini par récupérer puis Maya, Margot, Tanguy, de ton amour pour eux, de ta vieille main posée sur la tête de Tanguy, toi couchée sur le canapé de cuir rouge, lui couché à coté.Cette main je la revois souvent.

Comment te dire maman chérie, mon cœur est lourd parfois, si lourd de tout ce qui m’a été enlevé par ta mort, et aussi de tout ce que je n’ai pas su partager.

J’ai envie de finir cette évocation de toi par ta capacité d’émerveillement, les nuages, ces merveilleux nuages dans lesquels ton esprit créatif voyait tant de choses… « Mais si regarde c’est un homme assis, il a une pipe à la bouche » ; « Tu ne vois pas l’éléphant là ? La trompe est de ce coté.. »

J’aime regarder les étoiles que tu appelais par leur nom, penser à ce Dieu que tu aimais pour son humanité, toi qui l’a été, si totalement, si profondément, humaine.

Je n’ai pas su comme toi cultiver en moi la foi du charbonnier, mais j’aime à penser, je veux croire que tu es encore là quelque part dans les étoiles, les formes chantournées des nuages, le petit sentier qui sent la noisette, ou encore, comme dans ce texte que tu aimais, juste dans la pièce à coté.

3 Comments

    1. Oui c est tout à fait vrai ce que tu dis ! Maman ne s’ étais pas mise au portable mais mon oncle lui aussi mort aujourd’hui m a raconté, alors qu il était assis à côté du lit sur lequel on l avait installée après sa morts l avoir vue se redresser et lui dire » ne t inquiète pas je vais bien  » ..

      Aimé par 1 personne

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