Honorine ou en écoutant la radio

Elle était petite et blonde avec des couettes, vive et primesautière, elle riait volontiers, découvrant alors deux petites dents légèrement écartées : Les dents du bonheur, comme le lui disait sa grand-mère attendrie. Elle portait ce prénom démodé, un peu solennel pour une si petite personne, Honorine, en hommage à une aïeule morte le jour de sa naissance.

Comme le dira effondrée Elsa au policier ce jour là, « tout le monde l’aimait Honorine au collège. Le fait est qu’en 6è elle avait bien essuyé quelques moqueries, pensez ! S’appeler Honorine c’est déjà pas courant, mais s’appeler Honorine, quand on habite Conflans, Conflans Ste Honorine… » Elsa pleurait devant l’agent de police. « Une si bonne camarade ! Les moqueries ont vite cessé, cette année plus personne n’embêtait Honorine ». C’est elle, Elsa, un peu boulotte, le cheveu terne et la repartie lente, voire inexistante, qui se faisait charrier. Du moins jusqu’à ce qu’Honorine la remarque et devienne son amie.

« On s’aimait » sanglote Elsa, roulée en boule dans le commissariat.

« Vous vous…aimiez ? » Reprend, attentif et attentiste, ne sachant que penser, le policier.

« Oui, on s’aimait, on avait fait le pacte vous savez ? » et elle montre sur son poignet la petite cicatrice

« Reprenons, Mademoiselle, je sais que c’est difficile mais reprenons,  que s’est -t-il passé sur le quai ? Est-ce que vous pouvez me raconter ? »

Elsa se redresse, , son regard vacille tandis que dans un grand soupir de gosse, et d’un revers de main elle s’essuie les yeux et tente de se contrôler.

« On se promenait , Monsieur, voyez ? On se tenait par la main, on regardait les bateaux et le soleil se coucher au bout du quai. »

Honorine avait la main si chaude, si chaude, Monsieur si vous saviez ! Elle m’a fait son sourire et sans réfléchir, comme ça, j’ai approché mon visage et je l’ai embrassée.

C’est à ce moment là qu’ils ont surgi derrière nous 3 garçons peut-être 4, des grand du collège. Au moins 1 je l’ai reconnu c’est un de mes voisins. Ils ont crié « sales gouine », ont commencé à nous bousculer, puis à nous frapper. J’ai reçu un coup sur la tête, un autre dans le ventre. A coté de moi, j’entendais Honorine crier « Arrêtez, vous êtes fous, laissez nous » J’ai vomi, tout est devenu noir et je me suis évanouie. Je ne sais pas combien de temps. Quand j’ai repris connaissance… » Là Elsa s’arrête puis reprend, quand j’ai ouvert les yeux.. quand.. » le policier doucement termine pour elle « vous avez vu votre amie »

« Elle ne bougeait plus, autour de nous des gens criaient « Appelez les secours vite ! »

….

Après je ne me rappelle plus je ne sais plus rien. Je me suis réveillée de nouveau tout à l’heure à l’hôpital. Dites ! Où elle est Honorine dites, dites-moi qu’elle n’est pas morte !! »

« Hélas.. » a dit le policier.

A quelques rues de là, une grand-mère s’habille en pensant à sa petite fille, sa jolie petite Honorine, qui doit passer la voir tout à l’heure. C’est alors qu’elle entend le flash radio : «  « Crime homophobe à Conflans Ste Honorine ; Deux collégiennes battues, l’une d’elle a succombé à ses blessures dans l’ambulance »...

Et que le téléphone a sonné.

Scribouille avril 2018

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