Lettre à mon père disparu (2018) suivi de Papa (1999)

Lettre à mon Papa

Mon bien cher papa

7 ans déjà que tu t’en vas

7 ans parti et pour de bon

7 ans qu’en moi je garde

précieusement et tristement

cet héritage ambigu :

 

tant de colère passée,

Tant de frustration

de révolte et d’inhibition

et tant d’amour pourtant

Et tant d’amour portant

à bout de cœur, du bout des lèvres,

au bout des bras

mon bien cher papa

approché et chéri

quand la fin arriva

toi qui,

ces dernière années,

ces quelqu’ultimes mois,

plus que l’ombre de toi même

a su baisser l’armure

donner de toi la quintessence

l’amour que malgré tout

tu ressentais pour nous

cet amour que tes cassures,

Cet amour que tes fêlures,

la vie quoi

ne te permettait pas d’exprimer.

pardonne moi papa

ce poème qui suit

imparfait

brut

autant que brute

ce poème écrit

il y a bien longtemps

c’est une autre réalité

un autre aspect de toi

de nous

que je ne peux oublier

et qui me façonna

Permet qu’à mon tour

avec toutes mes fêlures,

Et toutes mes cassures,

Je te le dise

Je t’aime Papa

 

Papa

La vie passe et ne nous rapproche pas, papa

Si tu es là, toute ma faconde s’en va

Quand tu me regardes je me sens si bornée

Ton mépris m’écrase et  j’ai envie de pleurer

 

Et pourtant je me dis que je ne t’aime pas

Et qu’à ton égard bardée d’indifférence

Je poursuis mon chemin sans rencontrer tes pas

Pour ne plus sans fin vivre cette souffrance

 

Tu sais  ce n’est pas vrai que je ne t’aime pas

C’est de l’amour déçu le chant du cancrelat

Je te trouve si beau,  j’admire ta prestance

Ta générosité, ta rigueur et constance.

 

J’envie même ton calme et cet air si  blasé

Avec lesquels tu semble affronter cette vie

Tu tiens toujours ton cap malgré tous les soucis

Toutes les embûches dont la vie est chargée.

 

Et je suis fière de tes actions passées

Pris dans la tourmente tu n’as pas louvoyé

Tu as fait partie de ceux qui ont résisté

Et tu en es sorti  grandi ! ou bien cassé ?

 

De ce qu’on imagine, et de ce qui est caché,

Qui fit de toi un Dieu, un ange ou un démon

Mais où est l’humain ? le partage ? l’affection ?

Où est la tendresse ? A qui l’as-tu donnée ?

 

Tes sarcasmes me tuent, l’ironie me détruit

Je ne sais  qui tu es, je ne sais qui je suis.

Où est l’émotion, où sont les jeux, les rires,

Où  la confiance  ? du regard qui construit ?

 

Tu m’as donné la vie, qu’as-tu d’autre à donner ?

Tu es si généreux, j’aurais souhaité aussi

Que tu aies pu me dire un jour que tu m’aimais

Qu’un jour j’ai pu l’entendre  et que j’en sois  changée

 

Qu’enfin je sente  en moi toute ton affection.

Et vivre une autre vie, d’autres relations

 J’ai voulu dans ton regard me sentir jolie

Je n’y ai rencontré qu’agacement, mépris

 

Au mieux une indifférence amusée, tu ris ?

Cette ironie glacée ! j’ai souffert si tu savais !

C’est aussi ma faute ce rendez-vous manqué

C’est croyant bien faire que maman   j’ai choisi

 

De ton ironie j’ai voulu la protéger

Je n’ai pas du ainsi apprendre à te parler

Je revois cette ado éplorée, écorchée,

Et puis l’adulte aigrie qui lui a succédé

 

C’est mon pauvre papa que je suis accablée

Par ta seule présence par mes seuls regrets

Oh papa pourquoi cette relation manquée ?

Pourquoi tant de tristesse ? pourquoi le regretter ?

 

Et qu’importe  à présent que j’ai trente-quatre ans

Et que j’ai des enfants, que ma vie est ailleurs ?

Si tu savais papa tout ce que j’ai pensé

Je t’ai haï parfois j’ai souhaité que tu meurs

 

Bien que ces sentiment m’aient toujours fait horreur

Tellement j’ai souffert de vivre dans la peur

Mais je suis parano tout le monde me  dit

C’est ta façon à toi que d’aimer tes petits

 

Que tu ne peux autrement dire tes sentiments

Aime bien châtie bien c’est ce qu’on m’a dit

Il m‘a manqué ta confiance tout au long de la vie

Je suis si lâche aussi et je n’ai pas su te dire

 

Sinon qu’ironique à mon tour en  sarcasmes

Tout ce que je t’écris baissant les bras, les armes

Et  ces mots là refluent tout au fond de ma bouche

Et tous ces temps pourtant je me disais c’est louche

 

Te voyant détendu je me disais j’accouche

Et d’adulte à adulte  enfin je lui parle

Que ces mots ressassés, sortent enfin de ma bouche

 

Père admirable, père abhorré

Père redoutable, père adoré…

Mon père quoi qu’il en soit

(Ecrit en 1999, revu en 2018)

 

4 Comments

  1. Si seulement je savais écrire aussi bien que toi, faire sentir les bords de la plaie et en même temps, parce qu’elle est partagée, commencer à panser la blessure, et aussi me permettre de mieux penser ces ruptures, ces cassures d’incompréhension, ces ratures dans la logique enrayée par les loyautés quelque peu dévoyées par ses absences et trop déterminées par la présence « aimante », aigrie et malmenée de notre mère… Mais c’est bien comme ça aussi, parce que je sens mon coeur se remplir d’amour pour toi qui fait ce travail d’amour, et m’aide à le faire aussi. Je t’aime petite soeur

    Aimé par 1 personne

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