Jeanne ma sœur Jeanne…

Il était une fois une bergère, elle s’appelait Jeanne et gardait ses moutons dans cette lande sauvage, un peu désolée, qui constituait le décor de sa vie.

Tandis que ses moutons broutaient l’herbe rase affleurant au milieu des rochers, elle, adossée à son rocher préféré, lisait dans un album aux pages écornées à force d’avoir été lu, relu, les aventures de son héroïne préférée, son homonyme de Domrémy, cette Jeanne au destin guerrier.

Elle se détachait parfois de sa lecture pour tendre l’oreille. Son imagination lui faisait entendre, la voix qui avait appelé Jeanne à la gloire et au martyre, dans les bruits du vent balayant la plaine.

Quand elle ne lisait pas Jeanne rêvait, et quand elle ne rêvait pas d’un destin en étoile, elle imaginait des monceaux de nourriture, car Jeanne était très gourmande, c’était une petit brunette robuste et gaie, en apparence, quoique dans le secret de son cœur triste et rêveuse. Et ce jour là où commence notre histoire, elle rêvait, elle rêvait si fort qu’elle n’a pas entendu les cris des petits bergers alentour appelant au retour à la bergerie.

Quand elle émergea de sa rêverie le crépuscule était bien avancé, et son troupeau tout dispersé. Elle s’affola alors et seule sur la lande déserte et courant de ci de là appela ses bêtes et les compta. Deux agneaux manquaient à l’appel. Elle ramena en hâte le reste du troupeau au village et repartit, affolée et le cœur au bord des lèvres.

Dans l’intervalle la nuit est tombée et Jeanne court, buttant sur les pierres du chemin, grimpe aux rochers, où sont-ils donc passés ces deux petits crétins ? Ils ont du c’est certain tomber dans un de ces pièges que posent les braconniers. A moins que ce ne oit le vieux mendiant, celui qui traine ses guêtres et sa misère dans le village,et qu’on lui défend d’approcher ?

Elle s’arrête, désespérée, elle n’ose plus rentrer chez elle, son frère la battrait comme plâtre s’il savait, elle a vraiment intérêt à retrouver les deux agneaux. Et pour comble de malchance elle a couru trop longtemps, perdu tous ses repères, elle s’est égarée !!

Elle se rencogne contre un rocher pour éviter le froid qui tout à coup lui transperce la peau malgré sa pelisse et se met à pleurer. Son imagination lui fait sentir le souffle du loup, lui représente la bête prête à bondir sur elle. Elle est tout à fait terrifiée quand une petite voix interrompt cette fantasmagorie et la fait sursauter. « Dis toi pourquoi tu pleures ? » et une autre un peu plus aigüe : ben oui t’as quoi ? Ces deux petites voix semblent venir de nulle part ! ou ne proviennent-elles pas du rocher lui même ? Elle lève les yeux, puis les baisse, voit alors devant elle deux curieux petits enfants étrangement vêtus de blouses de celles qu’on appelait autrefois des sarraus, elle se rappelle avoir vu cette expression sur l’un de ses livres d’école.

Et sans attendre sa réponse, mais elle est de toute façon bien trop ébahie pour leur répondre, ils lui prennent chacun une main de leurs petites menottes étonnamment chaudes et la conduisent devant une porte entrebâillée. Comment n’avait elle pas remarqué cette porte, curieusement encastrée dans le rocher ??

Le plus grand ouvre cette porte et les voici tous trois sous une voute puis dans une rue pavée, le village qui s’offre à elle lui semble tout à fait familier mais elle ne s’y est encore jamais rendue elle en est certaine. Maisons de torchis et colombage encadrent étroitement la rue dont les pavés luisent sous la lune. Ce n’est pas le village de Jeanne, l’église basse au bout de la rue, avec son clocher carré, n’a pas non plus cette forme élancée de l’église de son village !

Elle se tourne vers ses petits mentors qui lui sourient, le petit joufflu accommode son regard bleu azur sur elle et gazouille « Notre village est un village secret tu n’aurais pas pu y entrer si tu n’avais pas un cœur pur et tu peux sans crainte nous conter ton chagrin ».

Jeanne n’a pas plutôt conté sa mésaventure aux deux enfants qu’elle entend bêler derrière elle. Elle se tourne vivement et éberluée voit ses deux petits agneaux se précipiter vers elle.

Renonçant à comprendre, elle remercie chaleureusement les deux petits bonhommes et repasse, les agneaux blottis dans ses bras, sous la voute qui mène à la porte. La lande, tout éclairée de lune, s’offre à nouveau à ses yeux, et quand elle se retourne pour voir encore les deux enfants la porte s’est refermée, elle a même tout à fait disparue. Le rocher est lisse tout comme si cette porte n’avait jamais existé.

En revanche sous le rocher, n’est-ce pas son livre qui gît là abandonné ? Alors elle n’est pas perdue comme elle le croyait tout à l’heure mais revenue à son point de départ ?

Le soulagement qui l’envahit la fait défaillir et elle s’assoie sur ses talons les petits agneaux s’agitant dans ses bras, le livre est ouvert à la page où elle l’a laissé. Observant l’illustration, elle comprend alors pourquoi le village lui était familier. C’est à quelques détails près dans cette illustration le village de Domremy.

Échelle de Jacob (2004) revu en 2018.

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