Deuxième visite à la crèche

Marie s’enroule frileusement dans son grand manteau bleu, elle a le cheveu frisé, le regard candide et l’air juvénile d’un tableau de Botticelli. Le vieux Joseph, l’œil vif et le regard tendre, plaisante avec elle et le rire perlé de Marie éclabousse toute la nuit alentour.

C’est ce rire comme intimement mêlé à l’étoile, ce son qui a guidé les bergers, les grands et le petit, vers le mystère de la nativité.

Ils franchissent le seuil de cette humble étable dans laquelle se sont réfugiés Marie et Joseph, là tout est obscur, les odeurs de foin mêlées au souffle des bêtes parfument et attiédissent l’espace. L’étoile a achevé sa course au dessus de cette étable semblable à toutes les autres. C’est une bâtisse en torchis, hâtivement passée à la chaux par les hôteliers débordés de Bethléem. Alors qu’ils se tiennent là perplexes sur le seuil, Le rire perlé de Marie les accueille; Le petit berger pense alors : « plus clair, plus enjoué , plus contagieux que le rire de cette femme, ça n’existe pas ! »

Il se fraie un passage à travers le foin, les bêtes, les gens rassemblés là. C’est un clin d’œil complice, l’œil du vieil âne gris qui dirige son regard sur la Sainte Scène : Marie, Joseph et le petit matru potelé, endormi du sommeil du juste, ses petits poings tout crispé, entre eux deux. Veillant sur son sommeil un bœuf, un âne.

Tout y est pense le petit berger attendri, subjugué. Tout est conforme en effet à la vision qui l’a amené ici, lui et les siens, lui comme tant d autres, sur les routes et chemins des environs.

Il a marché toute une nuit son agneau préféré entouré autour des épaules. Il est fourbu mais ne regrette pas sa peine quand Marie lui dit « approche donc »

Assis près du bébé endormi, il observe le petit visage serein, le corps potelé, abandonné de celui dont on lui a dit qu’il serait l’amour et la vie, celui qui déclarera la guerre à la guerre, la guerre au malheur, la guerre à la mort.

Alors le petit berger pose à terre le petit mouton cet autre innocent enlève sa pelisse, et s’endort à même la terre il dort près de l’enfant qui dort, il dort comme l’agneau.

Et Marie tendrement se penche vers cet autre enfant pour le couvrir de la pelisse et se tournant vers Joseph avec un clin d’œil lui souffle : « regarde mon bon ce petit berger a des seins, c’est en fait une petite bergère ! »

Jésus se réveille alors et au rire de sa mère tend les bras. Sur le visage endormi de la petite bergère un sourire se dessine.

Tout est calme au dehors comme au-dedans.

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