Le clown triste : fantaisie en la mineur

Un clown triste assis sur le bord d’une route fredonne, languissant, la lettre à Élise. Élise, le saviez-vous ? se prénommait en fait Thérèse. C’était la chérie de Beethoven, celle qui n’a pas voulu se marier avec lui… Cette bagatelle que tous les musiciens apprentis jouent est en fait la mélodie née d’un cœur brisé. Or Les cœurs brisés notre clown connaît bien ! Ce qu’il en a eu des cœurs brisés…enfin toujours le même : le sien ; brisé à maintes reprises pour toujours la même : une femme ; cette délicieuse petite acrobate du cirque dans lequel il travaille depuis de longues années. Son amour ne s’appelait pas Élise, non, ni Thérèse d’ailleurs… mais Esméralda. Et son Esméralda virevoltait avec grâce et fantaisie, soir après soir, plongeant de trapèzes en trapèzes et faisant battre tous les cœurs, ceux des spectateurs comme celui du pauvre Ernest.

Il l’a aimée des années durant en secret, celle qui riait avec indulgence de ses pauvres tours de clown.

Il l’a aimée avec la ferveur maladroite des grands timides, toujours prêt à lui rendre service, à la consoler quand elle trébuchait au propre, ou au figuré. C’est qu’elle en a aimé, elle, des freluquets, tous ces jeunes et beaux partenaires qui ne la lançaient en l’air que pour mieux la rattraper dans leurs bras musclés. Son petit cœur d’artichaut chaque fois lui disait : C’est lui ! Quand elle se rendait compte que non, décidément non, ce n’était pas lui, il était trop macho, ou volage, ou bête, les trois parfois…elle se réfugiait en pleurs dans la roulotte d’Ernest le clown.

Mais à présent elle est partie, un jeune homme l’a emmenée en tournée en Alaska, lui promettant monts et merveilles, elle allait avec lui dresser les phoques et leur apprendre à faire tourner des ballons sur leur nez.

Ernest pleure à présent, hochant la tête et fredonnant toujours de plus en plus fort, et de plus en plus vite, la lettre à Élise. Dans le brouillard créé par le rideau de pleurs, les voitures passent, elles passent elles aussi de plus en plus vite, et le font trembler.

Une petite voix douce, un peu aiguë, reconnaissable entre mille, vient alors lui chantonner une autre mélodie à l’oreille… « Ça ne vaut pas la peine de quitter ceux qu’on aime… » Son Élise à lui, son Esméralda ! Elle est revenue !! Elle glisse une petite main dans sa grosse pogne et d’un clin d’œil de ses yeux clairs lui dit « Ce n’était pas lui, ce n’était pas le bon »

3 Comments

  1. Ça me fait penser à cette chanson « La complainte du phoque en Alaska ». Je l’ai entendu il n’y a pas très longtemps dans un medlay en l’honneur des années 70-80. Belle revisite ! Mais ici ça finit bien 🙂
    Belle semaine à toi Cécile, et à bientôt !

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    1. Oui tout à fait c’est la référence » ça ne vaut pas la peine de quitter ceux qu’on aime pour aller faire tourner des ballons sur son nez…le clown est en fait une boîte à musique qui joue la lettre à Élise je l’ai donné comme consigne dans un atelier mais la complainte du phoque en Alaska est une de mes chansons préférées (enfin un peu moins depuis que mon Jules la joue en boucle au piano..) bonne nuit Dom

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