Ce n’était rien, quelques orties

ils étaient quelques mauvais garçons

Qui s’amusaient cruels avec des papillons
Et à l’instar d’un chat leur arrachaient les ailes

Puis magnanimes et devant vos pleurs les écrasaient

Ils étaient quelques salaces garçons

Alliés à quelques perfides garces

Qui murmuraient sotto vocce ces petits cons
D’Explicites paroles vulgaires et sales

Se gaussant ensuite
Et à gorge déployée
Candide que vous futes
de vous voir empourprée

Ils étaient de votre école ou peut être d’une colonie
Ou pour vous divertir vos parents vous inscrirent
Là bas vous ont ils dit
Tu te feras des amis
Ils n’étaient pas nombreux
Ils avaient des couteaux ces gueux
Dont ils usaient ces lâches
Contre les limaces
Quand ils ne les jetaient pas faisant des grimaces

Ne les jettaient pas odieux dans l’eau verte et brassée

Pour voir ricanaient-ils si elles savaient nager
Vous pleuriez quand d’autres pleutres, passivement riaient
Oh la foule imbécile de ces troupeaux de moutons dociles
Vous pleuriez et par vos cris vos exhortations vos pleurs
Ne faisiez qu’exciter leur veule cruauté
Ils n’étaient pas nombreux un demi quarteron
De méchants garçons quelques garces aussi

Pamées hilares de tant de créativité

Qui vous coincèrent un jour de course d’orientation
Entre deux bosquets près du lac ou se faisait la sortie
Et tout le monde riait bien quand arrachant des poignées d’orties
Et vous tenant très fort vous flagellèrent avec
Il n’étaient pas nombreux quelques garçons cruels
Et vous étiez petite et joyeuse et pleine de fraîcheur
Vous viviez votre vie débutante avec allégresse
Vous n’aviez juste pas les codes de ce milieu bourgeois
Juste assez de candeur malhabile pour exciter leur joie
Juste assez de candeur et de tendresse pour tout ce qui vivait
Vous n’avez pas moufté vous n’avez pas cafté,

Vous étiez sidérée, honteuse peut être

Ce n’était rien quelques limaces roses et perdant leurs entrailles
Sur votre peau rougie quelques marques d’orties

Et sur vos poignées la trace de leurs doigts, quelques traînées

Ce n’était rien mais voilà qu’aujourd’hui
Vous y repensez dans vos insomnies
A ces années de terreur profondément enfouies
Vous repensez à ces mauvais garçons
Vous y repensez le cœur serré malgré les quarante et quelques années
Qui vous séparent de ce temps là
Cette course parmi les bois était- ce Fontainebleau, Marly, ou Sceau ?
Un exemple parmi tant d’autres des brimades subies
Comment dites moi, comment petite enfant, vouliez vous avoir ensuite le sens de l’orientation ?
Vous n’avez pas changé, vous aimez toujours vous riez toujours

un peu trop fort dit-on

Et vous êtes pour beaucoup

Cette fille insouciante bordélique et joyeuse

Et pourtant…
Vous pleurez des seaux
A remplir des fontaines
Vous pleurez bien trop
De larmes vous êtes pleine

Il faudrait pouvoir faire en sorte
De ne pas vous secouer

De larmes vous êtes pleine à craquer

Des lors Que contre vous on
lève le ton

Vous pleurez souvent mais en secret

Des lors que l’on use avec vous d’une voix citron

Piquante ou critique ou moqueuse qu’importe

Il suffit a quiconque de lever le ton

Pour qu’en vous s’ouvre quelque porte
Instantanément sur un lac sans fonds

Ou même qu’on fasse sans y penser un jour plus fragile
Preuve d’indifférence, qu’on vous exclue malhabile
Ignorant bien sûr ces blessures bien cachées
Inconscient d’accord des
morsures du passé

Tout juste avez vous appris les années passant à différer vos larmes

Vous pleurez en secret et en vous sotto vocce
C’est la petite fille qui pleure Encore et toujours qui crie sa terreur
Cette terreur enfouie qu’elle n’a pu partager.

Comment dites moi, comment petite enfant, vouliez vous avoir ensuite le sens de l’orientation ?

Comment ne pas vous penser matin
Et surtout les jours de chagrin
Vraiment trop malhabile
Un peu trop conne ou trop fragile
Pour affronter le jour qui vient ?

7 Comments

  1. Les cruautés de l’enfance, les traces indélébiles que l’on traîne malgré soi. Ta description est douloureuse jusque dans les détails. Le monde de l’enfance est, hélas, loin d’être angélique. A vrai dire, je m’interroge sur ce que deviennent ces petits « monstres » une fois adulte ?
    Très beau texte, Cécile.

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  2. Je connais bien les blessures de l’enfance, celles dont tu pales avec tellement d’acuité…dont les adultes surtout ceux qui ne les ont pas vécues, n’ont pas toujours conscience…les plus fragiles , les plus sensibles, les têtes de turc comme on dit…et pourtant ces questions sont on ne peut plus importantes et graves. Merci de le dire si bien.

    J'aime

  3. Difficile d’écrire après un tel texte qui devrait être lu dans tous les lycées. Texte magnifique malgré la tension bien présente. Texte puissant, très touchant, émouvant. Après une telle épreuve, il faut tenter de faire un nettoyage des mémoires et penser à tous ces hommes (ou femmes) qui ne prennent pas le corps de l’autre comme une cible mais comme un trésor, une fleur à protéger et à épanouir. Et des personnes comme ça existent et sont de plus en plus nombreuses. Heureusement.

    Aimé par 2 personnes

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