La blanquette: mon plat préféré…

Maman faisait des blanquettes de veau absolument délicieuses. Je me régalais (et me régale encore)avec toujours ce petit pincement de culpabilité au cœur, l’image du petit veau, son doux regard en surimpression dans ma tête. Mais quelle tête de linotte me dis-je chaque fois paraphrasant mon paternel, Dieu ait son âme….

Ce jour là maman entreprit de faire une blanquette, il neigeait sur la capitale, maman pleurait dans sa blanquette.

Maman pleurait souvent, c’est de famille, de mère en fille,.

Ce jour là elle avait perdu ses lunettes, ses jolies lunettes couleur amarante et regrettait ses verres qui lui auraient permis de voir et la jolie neige et sa préparation culinaire.

Arrête donc de pleurnicher cornichonne, lui dit mon père. Saperlipopette continue comme ça et la blanquette sera trop salée !!

Mon père….ce « héros au regard si doux »…Lorsqu’ en français j ai du lire ce vers de Victor Hugo devant toute la classe, personne n’a compris pourquoi m’étranglant de rire jusqu’aux larmes je n’ai jamais pu en venir à bout…

C’est que mon père était tout sauf doux, il manquait particulièrement de gentillesse et ne s’exprimait la plupart du temps que par un curieux mélange de borborygmes, onomatopées et sarcasmes.

Il tenait bien serré le gouvernail de ses émotions, a supposer qu’il en eut, et tout le monde à la maison devait contrôler les siennes et filer droit.

Maman en était bien incapable et plus que nous toutes (nous n’étions que des filles) avalait ses couleuvres. Elle en bavait comme on dit des ronds de chapeau. Ce qui me consternait et mettait en état de colère permanente.

Je gardais ma sensibilité sous le boisseau. A la maison tout le monde en prenait pour son grade et notamment quand papa avait un coup dans le nez.

Il était particulièrement infect les jours de pleine lune que nous avions appris à redouter.

Maman était qualifiée de cornichonne, pleureuse, tête de linotte. Lente à la détente, je recevais les doux qualificatifs de limace ou escargotte.

A la maison souvent la tension était si palpables qu’on eut dit en permanence comme un essaim géant de guêpe bruissant au-dessus de nos têtes.

Ce jour là donc, maman reniflait dans sa blanquette, papa s’était affalé sur le canapé, les pieds sur la table basse, il lisait un SAS en riant grassement.

Derrière lui sur une étagère trônait le beau vase Tiang (made in china of curse) dont ce porc était très fier.

J’ évitais la plupart du temps de me faire remarquer, je ne sais toujours pas ce qui m’a pris…

Ce qui m’a pris de prendre le vase et de le lui fracasser sur la tête !

Père eut comme un hoquet de surprise et s’affala encore un peu plus tandis que ses yeux prenaient une drôle d’expression que je ne leur avais encore jamais vus.

Quelque chose de.. oui comme je pus le reconstituer bien plus tard…quelque chose comme de l’amour blessé !

Maman, accourue de sa cuisine, prit un temps sur le pas de la porte et nous regardant alternativement mon père, moi, le vase, ou ce qu’il en restait, jaugea la situation.

Son regard, indéchiffrable au premier abord s’éclaira tout à coup.

« Tiens » dit elle « ma chérie tu m’as retrouvé mes lunettes …c’est quand même curieux qu’elles se soient trouvées dans ce vase tu ne trouves pas ?  »

Son premier geste fut de ramasser les lunettes qui gisaient effectivement sur le sol au milieu des éclats de porcelaine enluminée. Et d’en chausser son nez.

Ensuite seulement, elle se pencha sur le paternel, « il est mort -me fit elle calmement- aide moi nous allons le basculer par la fenêtre, nous dirons qu’il avait trop bu et qu’il s’est défenestré ! »

Ainsi fut fait, tout le monde n’y vit que du feu. On nous plaignit beaucoup …

Depuis je vis, je tente d’oublier que je suis une parricide. Les années ont passé. Maman est partie elle aussi emportant notre secret avec elle.

Mais depuis lors quand je traîne trop à faire ce que je dois faire, j’ entend en moi comme un ricanement

« Allons limace allons » …

C’est lui, c’est mon père…

Ce héros au regard…

6 Comments

  1. Nooooooonn! J’ai failli y croire tellement c’est bien écrit…jusqu’au fracassement. Là tu as laissé tes fantasmes prendre le dessus. Par contre pour la blanquette, je suis sûr que c’est vrai…donc…Oooooooui!

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