Pardonne-moi

« J’ai appris à appréhender les pleines lunes » c est ce qu’elle me dira la première fois qu’elle se confiera à moi.

Mais  ce matin là, ils emménagent au 3ème gauche, et quand ils arrivent et se garent dans la cour de notre petite copropriété (passage Denfert ça ne s’invente pas ! ), rien ne transparaît.

Je me trouve désœuvrée  et j’observe discrètement ces nouveaux voisins depuis mon rez de chaussée, derrière mes rideaux oranges, ..

Elle est jolie, svelte encore malgré quelques rondeurs, les traits légèrement  affaissés, peu de rides, un doux regard bleuté derrières ses lunettes. On ne lui donne pas son âge.  Ce jour là,  je me suis dit elle doit avoir dans les 65 ans par là...  Elle en avouera 78 avec un petit sourire modeste.

Lui n’ est pas beau, mais quand je le vois déplier sa grande carcasse en sortant  de sa voiture, mon petit cœur d’artichaut fait un bond, ses traits un peu forts, notamment le nez, surmontant une bouche charnue, ses yeux clairs, quelque chose de formidablement expressif dans tout ce visage lui confèrent, malgré son âge avancé, une vitalité qui serait presque animale, si elle n’était tempérée par, ce jour là en tout cas, un empressement tendre vis à vis de sa compagne.

Cette première impression faite,  je les observerais bien davantage,  mais Léna, Léna c’est ma voisine,  sonne à ma porte.   Je retourne, non sans quelques interrogations à mes petites occupations. Je suis couseuse, couseuse à façon, et à domicile, et ce matin là, j’avais somme toute de la belle ouvrage puisque Léna m’ apportait, comme convenu la veille,  9 m de tissus imprimé  fantaisie ainsi qu’un patron : la robe de ses rêves pour le mariage de sa cadette.

Ces nouveaux voisins sont décidément très discrets. Depuis près de deux ans, je ne les entends ni ne les vois et finirais par oublier tout à fait qu’ils existent si Léna qui habite juste en face, au 3é droite, ne venait régulièrement me faire part de ses interrogations à leur sujet. « Est-ce que tu te rends compte Hilde- je m’appelle Hildegarde mais tout le monde dit Hilde-  qu’ils ne sortent quasiment jamais !? Je l’ai croisé, lui, une fois, sur le palier, il portait deux sacs d’épicerie et m’ a à peine dit bonjour. »

Je ne le dis pas à Léna, je déteste les commérages, mais je la vois, elle, de temps en temps elle sort tôt le matin, tous les 15 jours environ. Elle fait quelques courses dans le quartier puis elle s’assoie toujours quelques instants sur le banc du petit square du boulevard en face. La prochaine fois si je la vois, j’engage la conversation.

Le lendemain elle n’est pas sortie, c’est lui que j ‘ai vu, très affairé, très smart avec son tee- shirt Skopelitis.   Il revenait de l’épicerie avec deux gros sacs.  Skopelitis ? Je regarde sur internet -oui je suis vieille mais j’ai un abonnement internet- Le Skopelitis est un petit bateau qui fait la navette entre plusieurs îles grecques et le capitaine sur la photo qui accompagne l’article ressemble à Quasimodo en moins bossu…

Ma curiosité est décidément aiguisée, la vieille dame me fait un peu pitié, elle parait très isolée et je ne peux m’empêcher de proposer à Léna  de faire une fête des voisins ». Je me charge dit-elle enthousiaste de les inviter. »

Elle me raconte le surlendemain, très remontée et le rouge aux joues, avoir été reçue, sur le pas de la porte, comme une vulgaire démarcheuse. Après Son coup de sonnette, qu’elle a du répéter,  la porte tout juste entrouverte lui a permis de voir un intérieur très soigné, quoique envahi de poupées, côté salon,. « Hilde- il y en avait une bonne trentaine je ne te mens pas !! Et encore je n’ai pas tout vu ce butor (quand elle est énervée Léna est volontiers vieille France), bien campé sur ses jambes,  m’empêchait d’en voir plus. Des poupées habillées de lainages, et au fond du salon pour tout tableau une carte encadrée. » Léna n’est pas trop forte en géographie, elle me dit « un pays tout en chapelets d’îles » et je repense au tee shirt. « Est-ce que tu penses que ce pourrait être la Grèce ? »

Assise sur le banc, elle laisse ses souvenirs défiler, revoit cette petite fille, une des dernières fois qu’ils sont allés à la plage, c’ était bien avant de quitter les îles grecques, quand ils faisaient encore l’amour… Elle se rappelle avoir été comme cette petite fille, d’une folle insouciance,toute sensualité, cette petite fille aux cheveux longs crépus qui, bien campée sur ses petites jambes,  plongeait ses cheveux dans l’écume, relevait la tête et, avec toujours le même petit rire ravi laissait dégouliner l’eau fraîche sur ses petites épaules brunies, son petit corps potelé.

Elle revoit jusqu’aux petits cristaux de sel qui, réfléchis par le soleil, font sur le corps comme des constellations de diamants.

« Qu’est-ce que tu regardes ! Allons viens te baigner » Elle se rappelle encore que sa voix l’a faite sursauter, toute à sa contemplation, elle avait oublié jusqu’à son existence et  il s’est comme matérialisé devant elle le front buté le regard dur, occultant de son corps massif la scène charmante et le soleil. Elle a cligné des yeux, s’est levée, l’a suivi. La question, comme bien souvent avec lui. était purement rhétorique et n’attendait pas de réponse. C’était quoiqu’il en soit, un de ces jours où la lune grosse,quoiqu’en filigrane,  apparaît en plein jour, presque obscène, dans le ciel bleu, et comme elle le racontera plus tard, bien plus tard à Hilde. Elle avait appris à filer doux les jours de pleine lune.

Elle connaissait le scénario par cœur, quoi qu’elle dise ou fasse,-et elle avait tout essayé-, lui, jouait, immuable la même partition. Une sournoise montée en tension jusqu’à ce qu’elle appelait en son fors intérieur : la scène du grand 4. Puis il disparaissait quelques jours…pour revenir souriant et amoureux comme s’il ne s’était rien passé. Quand la scène s’était prolongée, ou que son absence avait duré un peu plus longtemps, elle recevait, comme prélude à son retour, un bouquet de fleurs.

Bien sûr il a décliné l’invitation au repas entre voisins « Ma femme est souffrante et à moitié sourde elle ne comprendra pas les conversation » a-t-il sommairement expliqué à Léna avant de lui refermer la porte au nez sans bonsoir ni rien. Elle avait toutefois eu le temps d’entendre la vieille femme appeler du salon :  » Michel qui est ce ? Propose lui du thé »

Elle l’aimait si fort, elle avait accepté sa part d’ombre, il jouissait de la vie avec d’une sensualité incroyable, elle s’était trouvée totalement aspirée par ce formidable courant de vie. Elle se rappelle qu’ils faisaient l’amour partout et tout le temps, qu’entre ses bras elle avait vécu une animalité sans freins conjuguée à des sensation de fusion qu’elle ne craignait pas de comparer à des expériences mystiques. Elle avait peu a peu coupé tout contact avec sa famille, ses amis. C’était plus facile comme ça, chaque fois qu’elle avait tenté de renouer des contacts, par exemple au moment de la maladie puis de la mort de sa mère, puis lorsque son père, à son tour, avait été malade. Il avait fait de telles scènes que sa vie était devenue un enfer.

 Ce matin là, plusieurs mois après la tentative d’invitation, je suis venue rejoindre la vieille femme sur son banc, ça n’a pas été difficile de la faire parler, elle paraissait si avide de se confier que les mots parfois se bousculaient dans sa bouche.

Hilde comprendra, elle se rappellera avoir vécu une expérience similaire. « heureusement j’avais des enfants c’est ce qui m’a sauvée, des enfants d’un autre lit et une famille aimante qui ne m’a pas laissée m’éloigner.  » Hilde encouragera Dora, il n’est jamais trop tard vous savez pour changer de vie !  Mais Dora secouera la tête « Où voulez vous que j’aille à présent, et puis vous savez il n’est plus si lunatique, il est devenu gentil. Enfin, la plupart du temps. »

« Les enfants? » son grand regret, »  elle doit rentrer à présent «  il est tard il va se demander où je suis passée « dit elle tout soudain et je vois passer dans ses yeux clairs, vite réprimé, un nuage de crainte.« Je vous parlerai plus tard des enfants me dit-elle, de notre rencontre aussi si vous le souhaitez. Çà me fait du bien de vous parler. J’ai le sentiment d’avoir enfin une amie, autrefois j’ étais sociable vous savez ? Je n’ en doute pas » l’assurai-je et lui tendis la main tandis qu’elle se levait avec une petite grimace « mes articulations » commente-elle avec un doux sourire.

Je lève alors les yeux et l’aperçois lui, apparition fugitive, penché à la fenêtre de leur cuisine.

Il se passera encore plusieurs semaines avant que je n’obtienne la suite de l’histoire de Dora et Michel. Ce jour là, Léna, l’oreille collée à leur porte, a perçu des bruits de discussion « plutôt comme un long monologue de sa part à lui » quelques bribes qu’elle me rapporte et qui me semblent familier. « Comment peux tu me faire ça ? Qu’est-ce que tu es encore allée raconter? Je suis tellement malheureux… » Etc… Je ne le dis pas à Léna mais pourrais de mémoire dire la suite tant mon souvenir est vif de scènes similaires… pour moi ça n’avait duré que 6 ans, depuis combien de temps Dora était elle sous cette emprise ?

De manière prévisible,  je ne vois plus Dora, elle ne sort plus les matins. Quelques mois se passent pendant lesquels de nouveau, il est le seul a se charger des commissions, tous les 5 ou 6 jours, il sort avec son petit filet, ou sa glacière.

Jusqu’à ce matin là où Dora elle même vient toquer à ma porte…

Il est parti deux jours voir ses garçons et Dora a refusé de venir avec lui’ « il est parti furieux me confie t-elle, si furieux qu’il a donné un grand coup de pied dans la commode, il s’est fait très mal vous savez ? »   il a deux garçons d’un premier lit, d’une femme qu’il lui a décrite comme bis-polaire lors de leur rencontre. Je me demande si cette première femme n’est pas tout simplement tombée malade à cause de lui mais ne le dis pas à Dora.

Ces deux jours Dora a quasiment emménagé chez moi et nous avons beaucoup parlé, enfin surtout elle…

Lorsqu’ils habitaient à Mykonos, mais aussi avant, trois ou quatre fois par an, après ces scènes de jalousie, telle que celle qui a suivi  sa contemplation de la petite fille,  il  disparaissait des radars, parfois pendant plusieurs jours, il appelait ça remettre les compteurs à 0, Dora comprendra bien plus tard qu’il en profitait pour tringler, ramoner le petit cul dur de la petite Julya,  une jeune femme  rencontrée dans un café.

Julya et d’autres sans doute… avant…ensuite…

Dora me raconte ça les larmes aux yeux, comment, un soir,  promenant le lévrier qu’ils avaient en Grèce,  elle avait fait l’ erreur de prendre le raccourci qui passait devant le café et la façon odieuse dont la jeune femme,  un peu saoule et très remontée, était sortie de ce café comme un diable de sa boîte pour lui raconter ce qui se passait derrière son dos.  Je vois à ses larmes à quel point cette révélation la fait souffrir encore aujourd’hui.

Elle ne lui a rien dit, il aurait nié, elle a préféré garder ça pour elle, elle avait d’autres soucis plus pressants à l’époque de toute manière.

« Quand je l’ ai rencontré,  j’ étais une vraie oie blanche, comme on disait en ce temps là,  cette jalousie et toutes ses déclarations d’amour passionnées me semblaient un gage de fidélité, quelle bécasse !

J’avais 40 ans j’étais célibataire, et je suis cette année là, partie toute seule en Vendée, en général je passais les congés avec ma famille mais j’avais perdu une tante que j’aimais et comme ça coïncidait avec la fin de l’année, j étais institutrice, j’ai eu besoin de me changer les idées. Un concours de circonstance voyez-vous?

C’est là que je l’ai rencontré, il était parti en camion avec ses garçons, des adolescents à l’époque. Je finissais mes vacances, lui les commençait, nous avons juste échangé nos adresses, nos numéros..il n’était pas encore question de portable, sourit elle.

Je sais que c’est épouvantablement cliché, mais j’ai vraiment vécu ça, le coup de foudre, ce premier regard qui vous transperce, vous met comme à nue, les oreilles qui bourdonnent, les jambes flageolantes, la chaleur qui ne doit rien au soleil… »

Ils sont dans la voiture, retour de la plage, elle observe son front buté, ses lèvres plissées, son regard évitant. Elle a peur, c’est plus fort qu’elle, elle sait qu’elle n’aurait pas dû, elle a déplu. Elle n’aurait pas dû regarder cette petite fille… Surtout elle n’aurait pas dû surprendre le regard du jeune papa, partager avec lui cet attendrissement.

« Ma première expérience de sa jalousie ne s’est pas faite attendre pourtant me confiera t elle c’était au tout début de notre rencontre en septembre je m’étais engagée à ramener une nièce à Paris, elle était en vacances dans la région lyonnaise. Au péage j’ai pris un jeune auto-stoppeur qui m’a raconté sa vie. Je ne saurais trop vous dire ce que ce jeune homme m’a raconté mais ça m’a paru suffisamment intéressant pour que j’en parle à Michel, il vivait dans le Nord, où je l’ ai rejoint l’année suivante, on s’appelait tous les jours. On ne s’était même pas encore revus ! Sa réaction à mon récit avait été emblématique : un silence pesant et puis tout à coup alors que j’étais passée à un tout autre récit, il m’interrompt et me dit  » Pourquoi tu m’as raconté cette histoire ? Tu veux me faire du mal c’est ça ? »

Cette première fois  la scène n’était pas allée beaucoup plus loin, mais Dora dans la voiture qui les ramène chez eux, le jour de la petite fille, sait qu’elle est de nouveau bonne pour une longue suite de questions de plus en plus inquisitrices et énervées de sa part à lui, de pleurs et de justifications sans fin : sa partition… Pourvu qu’il ne soit pas violent en plus. Il ne l’a jamais giflée, encore heureux, elle se frotte discrètement les poignets qui restent légèrement endoloris depuis la scène précédente…

Cette fois là en plus elle a quelque chose à lui annoncer, annonce qu’elle repousse depuis déjà bien trop longtemps, ce début de grossesse qu’elle est parvenue à lui cacher. Elle me relate la scène et ajoute, presque suppliante comme si j’ étais Michel qu’elle tente de convaincre : « Nous étions ensemble depuis près de 6 ans… j avais plus de 45 ans c’était ma dernière chance d’avoir un bébé mais chaque fois que j’en parlais,  il me disait :  « tu n’es pas bien là toute seule avec moi ?  » Et si j’insistais,  je sentais pointer l’amorce d’une de ces fameuses crises ».

« Ce n’est pas que je lui pardonnais me dira t elle encore je l’avais dans la peau, tout simplement,…  » Mes pensées s’égarent à ce point de son récit… Je pense à certaines couilles, incroyablement douces au toucher… Et puis je me ressaisis car Dora en arrive au point crucial de son récit et ce qu’elle me raconte est aussi incroyable que révoltant…

« Cette fois ci,  la scène fut si terrible me raconte t elle que j ai eu un sursaut, j étais toute seule, en Grèce où nous vivions depuis deux ans, je n’ avais là bas aucun compte à moi. J’ai pourtant décidé de le quitter.

Quand il a compris que je partais,  il est devenu comme fou et perdant moi aussi tout mon sang froid je lui criais :  » en plus je suis enceinte »

Je suis sortie en coup de vent tirant ma valise avec moi, il est sorti en courant de l’appartement, j’ai lâché ma valise et dévalé je ne sais comment l’escalier de cette petite résidence haut standing où nous habitions. Il m’ a rattrapée au pied des marches. J’ai réussi en tordant mon poignet à lui échapper et crié, des voisins ont ouvert leur fenêtre, ils n’ont pas bronché Hilde, Dora frissonne comme si cette scène datait de la veille et non de quelques trente ans.

« Ils n’ont pas bronché non quand il m’a jetée par terre et sauté,oui vous m’entendez bien, sauté sur le ventre. Ensuite tout est devenu noir, je me suis réveillée à Athènes, à l’hôpital les médecins m’ont dit que j’avais été agressée par un inconnu et que j’avais perdu le bébé… Un inconnu ??  Je me tournais vers Michel, qui penché a mon chevet avec un air de grande sollicitude me regardait tout sourire, et répétais atone « oui un inconnu… »

Pourquoi suis je restée ? A vrai dire je ne le sais pas moi même, »

Il n’était plus question de rester dans notre petite résidence, ni même en Grèce, nous sommes partis et avons par la suite déménagé plusieurs fois, au gré des crises voyez vous, dès que Michel sentait que les voisins s’intéressaient un peu trop à nous il cherchait un autre logement.

Jusqu’à arriver ici « passage Denfert » drôle de nom ne trouvez-vous pas ?

Mais il est tard et il va bientôt rentrer de sa visite à Georges et Fred ses enfants qui vivent à l’ ouest de Paris – ils ne viennent jamais vous savez ? Georges m’a dit un jour  » Avec papa les vacances, c’est paradisiaque les trois premiers jours,  ensuite c’est l’ enfer. ». C’ était au tout début de notre relation… Et voici que j’habite passage Denfert… Drôle d’histoire ! » Elle rit mais son regard, embué, contraste avec le rire..

« Merci pour le thé Hilde, et pour ces heures passées avec vous, pardonnez-moi de vous avoir assommée avec mes histoires » je proteste que le plaisir est pour moi et qu’elle revienne bien vite surtout me raconter par exemple pourquoi toutes ces poupées qui sont dans son salon, est-ce vraiment elle qui leur a cousu et tricoté tous ces beaux vêtements ? .. « oh les poupées il n’y a pas grand chose à raconter, Hilde je peux bien vous le dire en deux mots. Quand nous sommes revenus en France,  je pensais vraiment le quitter mais il était devenu très gentil et j’ ai fait une dépression terrible après la perte du bébé, il s’est occupé de moi comme une mère ne l’aurait pas fait. Nous avions atterri en Bretagne dans un lieux dit qui répondait au doux nom de « Bois d’amour ». J’ avais pris un congé sans solde quand nous avions quitté la France. Michel est consultant en informatique, il peut travailler partout … et  je n’ ai jamais repris le boulot. C’est à cette époque que j’ai commencé a tricoter. Michel m’a acheté la laine et le premier poupon… mais je dois vraiment y aller a présent. Elle m’a serrée dans ses bras. Au revoir Hilde. »

Dora monte l’escalier, elle ne prend jamais l’ascenseur c’est une question de principe, elle doit se garder alerte et svelte pour celui qu’en dépit de tout elle continue d’appeler « mon amoureux » bien qu’il ne l’appelle plus comme il le faisait au début « ma petite chérie, ma princesse ou encore ma beauté »

Son cœur bat un peu fort, elle se rappelle qu’elle a refusé de venir avec lui, ils n’ont plus eu de grosses crises depuis longtemps, elle sait qu’il voit d’un mauvais œil cette amitié naissante avec Hilde…

Quand elle arrive toute essoufflée à son palier, elle entend l’ascenseur se mettre en branle.. »Mon dieu,  c est lui, vite ouvrir la porte ! Mais qu’a-elle fait de sa clef ?  » Elle fourrage désespérément dans son fourre-tout et quand la porte de l’ascenseur s’ouvre,  elle est accroupie devant la porte et le nez dans son sac.

Elle n’entend plus que son cœur tant le rythme s’est accéléré, battre dans ses oreilles, la nausée la prend, comme si celui-ci avait pris place dans sa gorge, elle connaît par cœur ces sensations, présages d’un désastre imminent. La voix de l’homme qu’elle a tant aimé lui demande rudement « Qu’est ce que tu fabriques sur le palier et où étais tu passée ?  » Mais nulle part » arrive-t-elle à rétorquer.

Il lui prend rudement le poignet, la relève, ouvre la porte et se retournant vers elle, « Ne me prend pas pour un crétin, j’ai essayé de t appeler sur le fixe toute la journée ! Avec qui as tu été trainer ? Avec Hilde cette prostituée ? Mais Hilde n’est pas… » Commence t- elle outragée.

« Tu lui racontes quoi hein tu lui dis quoi ? Tu te plains ?  C’est ça, tu es malheureuse ? Tu lui as dit pour le bébé ? Non ? Menteuse je le vois ! C est bien çà hein, tu ne m’as jamais pardonné ?! Tu veux me punir, me faire du mal !!! »

Il a pris, comme chaque fois, cette voix plaintive de petit garçon, et tout a coup Dora s’est mise à rire, à rire… Balayant d’un coup 36 ans de sa vie.

Surpris il se tait, alors comme 30 ans auparavant, posément Dora, se dirige vers la chambre et commence à remplir une valise. « Mais qu’est -ce que tu fais ? Qu’est ce que je t’ai fait, tu ne peux pas me quitter, pas maintenant ! » Il la suit dans la chambre. Avant qu’il ne passe le seuil elle lui ferme la porte au nez, tourne la clé dans la serrure.

« Doooorrrrraaaaa !!!  ouvre cette porte !! »! Il hurle comme un possédé derrière la porte. Dora elle, rit, elle rit comme une folle, le sang battant à ses oreilles si fort qu’elle ne l’entend pas et effectivement  quand  sa valise faite elle rouvre la porte,il s’est tu.

Le silence s est installé, assourdissant,  et quand traversant le petit couloir séparant  les deux pièces elle arrive dans le salon, le spectacle lui retourne le cœur, il a tout mis sens dessus dessous et… Elle ressent un vide terrible, c’est, plus exactement,  comme si on remplissait son corps d’un liquide glacial, ses oreilles bourdonnent et dans ce bourdonnement, elle s’entend demander« mes bébés, qu’en as tu fait ? « 

Le silence s est installé, assourdissant,  et quand traversant le petit couloir séparant  les deux pièces elle arrive dans le salon, le spectacle lui retourne le cœur, il a tout mis sens dessus dessous et… Elle ressent un vide terrible, c’est, plus exactement,  comme si on remplissait son corps d’un liquide glacial, ses oreilles bourdonnent et dans ce bourdonnement, elle s’entend demander« mes bébés, qu’en as tu fait ? « 

Comme triomphant, il lui montre la fenêtre, elle se penche, devine plus qu’elle ne voit neuf mètres plus bas les corps désarticulés des poupées…s’évanouit…

Léna a entendu le bruit , elle était derrière la porte, hésitant à sonner, les cris de Michel, le rire hystérique de Dora les claquements de porte…et puis tout à coup des bruits de chute…

Elle a descendu les escaliers quatre à quatre et tambourine à ma porte  » viens  !vite !!  Il se passe quelque chose de grave ». je regarde  par la fenêtre, vois tomber les dernières poupées et me précipitant dehors…Je vois Dora, elle a rejoint les poupées et gît, désarticulée, au milieu.

Aux secouristes – qui n’ont pu que constater la mort de la vieille dame-  comme aux policiers,  il racontera effondré qu’elle était dépressive depuis des années qu’ elle a pris un coup de folie,  qu’après avoir défenestré toutes  ses poupées en riant,  elle a suivi le mouvement …

« Vous comprenez dira-t-il encore elle a perdu son bébé, notre bébé voilà bien des années à cause d’ un déséquilibré qui l’a agressée, depuis toutes ces années, je la porte à bout de bras, ce n’ était pas tous les jours facile vous savez  mais elle n’avait personne d’autre que moi et  je l’ aimais…

Un psychologue ? Non elle n’a jamais voulu d un psychologue, pourquoi faire me disait elle puisque je t’ai toi ! »

Je suis seule je pense à savoir ce qui s’est passé, je ne dirai rien, mon voisin me fait un peu peur et je tiens à la vie… Il est resté seul quelques temps mais depuis quelques jours il a de la visite,  une certaine Julya, je me suis laissée dire qu’elle était serveuse dans une ile, Mykonos je crois…

Je vais quelquefois au cimetière, ce n’est pas loin de chez moi, la tombe de Dora est toujours très fleurie, une plaque très sobre indique son nom, ses dates et lieux de naissance et de mort… Tiens,  aujourd’hui il y a une autre plaque !! Non le vieux salaud, il n’a quand même pas osé…et bien si…

 

 

 

 

Il a osé !!
Il a osé…

16 Comments

  1. Le garder pour qu’il lise jusqu’au bout.
    Je repense à cette histoire. J’ai l’impression qu’elle fait maintenant partie de mes souvenirs. Quel dommage que les éditeurs ne veulent que du roman. Pas de place pour les nouvelles paraît il…
    Encore bravo.
    Fais toi publier !
    Paul

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  2. Oh la belle histoire et si terrible, je l ai lu si vite pour connaitre la fin, toute cette tragédie vécue par cette femme, j ai de la peine pour elle.

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  3. J’avais imprimé ton texte. Histoire de le lire tranquillement dans un moment de pause. Comme d’habitude j’aime bien ta plume et l’histoire de ce couple, dominé par un magnifique exemplaire de pervers narcissique, m’a happée jusqu’au bout.
    Histoire qui n’est malheureusement pas qu’imaginaire, car il existe bien des femmes (et des hommes) prises dans les rets et le maillage habile de ce genre de personnage. Seule solution : fuir ! A toutes jambes.
    Je t’embrasse ! A bientôt, Cécile !
    Prends soin de toi.

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    1. Merci Pat elle m’habite depuis que j ai lu cette inscription intrigante cimetière Montparnasse mi juillet. Je n’ en ai accouché que maintenant d’où mon silence ! Je t’ embrasse

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  4. Whouahou ! J’ai été transportée. A tel point que mon mari m’a demandé ce que je lisais de si passionnant (il m’attendais pour l’apero). « un article de blog. Je sais pas si c’est de la fiction ou un vrai récit tellement c’est bien raconté » 😊

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  5. Bonjour Cécile
    C’est un grand plaisir de te lire. Cette longue histoire m’a embarqué. Il y a tant de femmes dont on ne connait pas l’histoire, pourtant si importante. Tu écris bien Cécile. A chaque fois je suis happé par tes personnages. Tu sais nous captiver par des univers à la fois noirs et plein d’humanité. Ce serait 🦉que tu te lances dans l’écriture d’un roman. Tu en as la capacité, le talent. Merci pour cet écrit. A bientôt. Bizh. Alan

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    1. J’y réfléchis je suis assez velléitaire alors ça fait bien 30 ans que j y réfléchis 😊 je ne suis pas certaine d avoir le talent de mettre en perspective (historique, sociale, argumentative) les personnages sur le temps long du roman mais merci pour tes encouragements si un jour j’arrive à çà je te dédierai

      Aimé par 1 personne

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