L’amante

Entre eux se racontaient beaucoup de choses sur le sexe opposé, il faut dire qu’elles étaient impressionnantes les demoiselles, avec leurs atours luisants, leurs têtes altières, leurs regards condescendants.

Elles semblaient totalement indifférentes à leurs personnes, si ce n’est, jetés en coin quand par hasard ils se croisaient, quelques regards gourmands d’une crudité qui lui, Armand, le mettait tout en émoi.L’une d’elles, particulièrement belle, semblait chaque fois le dévorer du regard, notamment aux quelques messes partagées, seuls moments où ils avaient la possibilité de les voir de plus près.

Il rêvait en secret du grand jour où il pourrait en approcher une, voire la toucher…

Ce n’était pourtant pas pour tout de suite, la règle, intériorisée, et qu’il n’aurait pas eu l’idée d’enfreindre, voulait que les deux nurseries ne se fréquentent pas avant la puberté.

Armand s’ébroua et tenta de se changer les idées, justement leur éducateur venait vers eux leur inculquer quelques méthodes de chasse, il lui fallait être attentif s’il voulait apprendre à se nourrir correctement, assurer son capital séduction, et objectif ultime, rêva-t-il, nourrir de façon substantielle sa partenaire quand enfin il pourrait convoler.

En effet leur dicton favori, maintes fois martelé, celui que les instructeurs leur répétaient à longueur de journée était celui-ci « vos chéries sont gourmandes, vous les séduirez par le ventre »

Plusieurs lunes ont passé et la nature a reverdi. Le grand jour est arrivé. Armand quitte sa nurserie avec tous ses compagnons. Elles ont aussi quitté la leur et s’avancent à leur rencontre sur le chemin enherbé. Le soleil luit sur leurs belles vêtures.

La préférée d’Armand, l’élue de son cœur, marche en tête et se dirige aussitôt vers lui, comme si elle avait entendu un appel secret. « Ah l’importance des phéromones dans la séduction» pense Armand qui est lettré et n’a pas perdu une miette de son cours de biologie.

Et puis il ne pense plus, parce qu’elle est là, presque à le toucher. La tête légèrement penchée, elle l’examine sous toutes ses coutures. Armand bombe le torse. C’est sa toute première fois et il se dit qu’il n’a vécu que pour ce moment là.

Elle est plus grande que lui, bien plus grande en fait, pense Armand qui ne l’a jamais vue d’aussi près jusqu’à présent, mais ça ne le dérange pas.

Elle est si belle, si fraîche et quand il ose la frôler enfin, d’une douceur incroyable.

Il se tournent autour et s’observent tandis qu’autour d’eux des couples se sont formés et valsent en silence. Les mots sont inutiles à ce stade, Armand ne connaît même pas son petit nom mais se dit qu’ils auront bien le temps, plus tard, après…

Il l’étreint enfin, ou est-ce elle ?

Et plonge de tout son petit être dans cette douceur, la fragrance exhalée est irrésistible et d’ailleurs Armand ne résiste pas, il totalement exalté, au comble de l’excitation, et ne s’étonne pas qu’elle veuille là tout de suite qu’ils se chevauchent.

Des parties de son corps dont jusqu’à présent il n’avait pas conscience se mettent à enfler, de part et d’autre des fluides coulent et Armand ne sait pas, ne sait plus ce qui vient d’elle, de lui, ni d’ailleurs qui pénètre qui.

Il est tout entier absorbé par ce grand corps qui lui communique tour à tour tendresse et rudesse dans des crissements de plus en plus sonores. Il se dilue, s’interpénètre, ne fait plus qu’un, qu’une, il ne sait, le plaisir irradie, il a cette pensée fulgurante, « enfin je copule » et puis de nouveau il ne pense plus.

Il n’est plus que cette intense vague de plaisir, qui monte, et dans un éclair blanc il jouit, perd la tête, retombe.

Sans un regard pour son petit corps pantelant, que quelques ultimes soubresauts agitent encore, la demoiselle s’éloigne, jouant des mandibules, elle est comblée, elle est repue…

Cet Armand était ma foi, un met de choix.

8 Comments

  1. Croustillante comme nouvelle 🙂 Ah la cruauté après l’extase. Dame Mante est une amante démente. Pauvre Armand. S’il avait su….

    Petite question, Cécile : As-tu reçu mon courriel ? Ou s’est-il perdu dans les méandres informatiques ? Peut-être dans tes spam…

    Je t’embrasse !

    Aimé par 1 personne

      1. Heureusement que tout ce que l’on imagine ne s’incarne pas dans la réalité. Il y a des livres qu’il ne faudrait pas ouvrir dans ce cas 🙂
        Remarque, malheureusement la réalité dépasse trop souvent la fiction.

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    1. Mots roses pour prose morose ? Avez-vous défini une contrainte ou un cadre supplémentaire ? Si vous êtes près à publier allez y je ne vais pas avoir le temps avant ce we. Sinon patientez mettons jusqu’à dimanche soir… Bisou

      Aimé par 1 personne

      1. Non, pour la Toussaint (1er Nov) : « Rose ou morose choisis ta prose » parce que Dom a des contraintes médicales ! Voilà qui te laisse du temps pour nous surclasser…

        Aimé par 1 personne

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