Greta 1

C’est la voisine qui a prévenu ses parents, Greta errait dans les rues du quartier, les yeux vides et les vêtements déchirés et souillés. En état de choc, elle ne répondait pas aux questions, semblait même ne pas entendre ce qu’on lui disait. Papa est allée la chercher, elle lui a donné docilement la main. Remonté avec lui la rue Saint Jacques jusqu’à leur petit appartement, petit mais douillet, les murs de plâtre décorés d’icônes, seul rappel de la religion avec le chandelier à 9 branches qui trônait en bonne place au salon, dans cet immeuble bas qui donnait sur le Panthéon. Ma fille, ma pauvre petite Greta a crié maman, mais que t’ est- il arrivé ? Papa l’a regardée les dents serrés, elle a blémi. Ils n’ ont pas eu besoin de se parler de dire le mot pour se comprendre. Elle a lavé longuement sa fille chauffant l’eau dans la vieille bouilloire. Greta frissonnait dans le baquet, il a fallu pour la réchauffer, pour qu’elle s’ arrête enfin de trembler, toutes les couvertures de la maison. Ce n’ est que le matin suivant que des bribes de souvenirs reviendront à la mémoire de la jeune fille, elle se précipitera pour vomir aux toilettes. Son père qui l’ entend vient lui caresser le dos, Greta se raidit. En même temps que les vomissures des mots s’éjectent de sa bouche, « l’homme qui l’empoigne par derrière, les mains dures sur les seins, puis sur sa bouche, les insultes proférées tandis qu’il l’entraînait, la sueur les odeurs mêlées d’ail et de café. Et dans l’ obscurité, la vieille maison en ruine du bout de la rue, l’escalier dans lequel il l’a poussée rudement… » Son père pleure son allemand mâtiné de yidisch lui revient tandis qu’il la prend dans ses bras. « Ma toute petite, mon trésor, ma douce » la berce-t-il.

Greta ne se remet pas de l’ agression. Elle a repris son travail dans l’ atelier de couture de madame Tissot dans le 13e et maman qui travaille à domicile l’accompagne tous les matins, son père, qui travaille le cuir, rue Tisserand, vient la rechercher tous les soirs. Le trajet est long, dans les autobus, les juifs depuis peu ne peuvent monter qu’à l’arrière, et s’il n’y a pas de place à l’arrière, ils doivent attendre le prochain. Les métros circulent de manière aléatoire et leur station a été fermée comme beaucoup de autres. Ordre de l’occupant… Il paraît que bientôt, c’est un collègue de papa qui le lui a dit, ils devront même porter une étoile… Est-ce qu’il ne faudrait pas partir ? Mais pour aller où ? La journée Gréta se concentre sur son ouvrage, sa patronne devine â son changement de comportement que quelque chose s’ est passé, se doute que sa brève absence n était pas due à un refroidissement, elle coule parfois des regards mi intrigués mi compatissants vers son ouvrière. Mais Gréta serre les dents. Elle ne peut pas raconter, en 1941 on ne plaisante pas avec la vertu des jeunes filles et elle a peur d ‘être renvoyée si sa patronne apprenait. Comment retrouverait elle du travail ? Depuis ces lois ignomineuses de l’automne dernier, les lois Alibert, ses parents et elle, arrivés en France après 1920, n’ont plus la nationalité française, les employeurs rechignent de plus en plus à embaucher des juifs. Et puis quoi elle ne se rappelle de rien entre le moment où elle a dévalé l’escalier, l’homme la talonnant et son réveil, nauséeuse et endolorie, seule dans la cave, son cerveau a subi une ellipse. Le médecin a parlé d’amnésie sélective, a conseillé de porter plainte. Ni Gréta, ni ses parents ne souhaitent aller dans un commissariat. Elle oubliera se promet-elle.

Greta ne peut éviter une grimace en se levant pour réalimenter en fil sa machine à coudre. le temps a passé, ça fait un mois bientôt mais elle a toujours mal, une sensation d’inflammation perpétuelle entre ses jambes. Elle masque un bâillement en se penchant sur le panier ou se trouvent les bobines.

Toutes les nuits Gréta se réveille en hurlant, croyant sentir le mains dures sur les seins. Ses seins qu’elle ne supporte plus depuis et comprime fortement dans une bande de tissu. Le matin elle qui aimait manger n’ a plus d’ appétit…

Ce matin quand elle se réveille elle n’a que le temps de courir jusqu’au petit coin, c’est sa mère qui, catastrophée, met des mots sur son malaise… Ma Gréta j’ai bien peur que tu ne sois enceinte…

4 Comments

  1. C’est plus clair 🤣. Nan serious, je lirais la suite avec intérêt. Pour toi tout est clair. C’est normal vu que c’est toi l’autrice. Le lecteur lui, cherche une cohérence, un fil conducteur. Mais il est vrai que parfois des bouts d’écrits peuvent aborder un sujet commun sans être assemblés entre eux. En tout cas, pas au début et c’est tant mieux 😉

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  2. Tes récits abordent les violences faites aux juifs. Peut être y a t’il une part de ton histoire personnelle? Si tu souhaites développer un personnage principal pour un récit complet (Emma ou Greta), quelle est sa quête? Qu’est-ce que l’autrice Cecile ou Valentine ? souhaite nous dire? C’est quoi sa quête à elle?
    Bizhes
    Alan

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    1. Pas d histoire perso ni pour cecile ni pour valentine peut etre plutot unec obsession personnelle la dėcouverte préado ou ado je ne sais plus quand de la noirceur du monde avec cette histoire et quant à ta deuxieme question je tente de raconter un trauma familial compliquéd’un non dit ou dit tardif sur plusieurs generations c est clair ds ma tete mais peut etre pas suffisament explicité. Du coup j ai remis les liens vers les autres textes en dessous et si je simplifie c est Pierre qui cherche Emma qui cherche Greta… Emma et Pierre ayant pour singularité de rever tous les 2 de la mort de Greta

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