Amour fou

Ils étaient très amoureux. Elle se prêtait avec un naturel charmant à toutes ses fantaisies. D’une patience d’ange, elle se laissait coiffer des heures durant. Ce qu’il aimait ça ! Brosser ses beaux cheveux soyeux. Coquette elle fermait les yeux. On aurait presque pu l’entendre ronronner sous la caresse si une infirmité cruelle ne l’avait privée de l’usage de la parole. Ça ne le dérangeait pas, il parlait pour deux, s’arrangeait de sa placidité coutumière.

Elle venait le voir à son travail, discrète elle arrivait toujours dans une voiture sombre. Le chauffeur la lui confiait. Parfois il allait la chercher. Ses proches n’aimaient pas la voir partir mais il savait les rassurer.

Elle aimait qu’il lui récite des poèmes, il en connaissait qui lui ressemblaient et il les lui récitait tout en la caressant. Elle n’ était « jamais ni tout a fait la même ni tout à fait une autre », celui qu’ils préféraient tous les deux et c’est vrai que quand il le lui récitait il ressentait profondément ces vers si beaux qu’ils lui semblaient n’avoir été écrits que pour eux. Lui, amoureux transit et elle qui seule l’aimait et le comprenait… il le savait.

Elle aimait le surprendre et changeait souvent de coiffure. Hier elle était brune, aujourd’hui blonde platine, demain elle sera rousse et frisée comme un petit caniche… C’ est ce qu’il goùtait profondément chez elle, cette faculté de métamorphose. Elle gardait quoi qu’il en soit ce beau visage pur aux traits lisses, ce teint de lys et de roses, sa pâleur presque d’opaline et ses paupières légèrement renflées qui cachaient son regard serein.

Tous deux jouaient toujours le même jeu, elle faisait semblant de dormir, elle s’y employait si bien que son souffle ne soulevait même pas le drap de satin rose dont frileuse elle s’entourait. Il savait qu’elle retenait ce souffle pour mieux le surprendre, il s’approchait doucement. Se glissait tout contre elle sous le drap frais.

Il la serrait dans ses bras, d’abord doucement, puis de plus en plus fiévreusement Elle se laissait caresser, lui offrant son corps ferme, tiédi par la chaleur de son corps à lui. Il aimait penser qu’il la réchauffait ainsi, elle qui semblait toujours avoir un peu froid. Il récitait encore tout en explorant les moindres recoins de ce corps, fou de désir … »Je hais le mouvement qui déplace les lignes, et jamais je ne pleure, et jamais je ne ris… »

Il vivait intensément ces moments délicieux, Son sexe durci contre le corps odorant. Les seins qu’ils pétrissait, sentant les pointes des mamelons érigées entre ses doigts. Elle lui résistait la coquine, il devait de ses genoux lui écarter les cuisses pour accéder au graal.

L’odeur douceâtre caractéristique lui montait aux narines tandis qu’abandonant toute résistance elle le laissait enfin plonger en elle. Les yeux toujours clôts, les bras le long du corps et son cou gracieux ballotant à chacun de ses coup de boutoirs…

Il s’emplissait de son image tandis que la tension montait en lui, il la besognait. Lentement, puis avec frénésie. Une flèche de plaisir pur partait de ses couilles pour lui traverser le bas ventre, le clouant à la jeune femme, un éclair blanc traversait son cerveau tandis qu’il se répandait en elle. Il restait couché là, les yeux fermés lui aussi, contre son amoureuse immobile et sentant son corps chaud s’apaiser progressivement à son doux et frais contact.

Plus tard ils auront un peu froid et prendront un bain dans la grande baignoire, il la massera doucement, la oindra de crème odorante. Il sait qu’elle aime ça. Sans doute se laissera-t elle maquiller. Il aime aussi ces moments où elle l’autorise à prendre soin d’elle.

« Belle oh mortelle comme un rêve de pierre » lui sussurera –t il à l’oreille…

Mais ce soir là ça ne s’est pas passé comme ça. Il a dû quitter la couche en vitesse. Un collègue de jour, lui travaille la nuit, est revenu chercher son portable, oublié dans un bureau de l’entreprise. Intrigué de voir la lumière filtrer de sous la porte de la chambre il est entré…

L’amoureux caché dans les toilettes attend que le gêneur quitte les lieux. Ne répond pas aux appels. « Il y a quelqu’un ?  » Hou hou !!! » La porte se referme enfin avec un claquement sec et l’homme caché qui retenait son souffle, le relâche doucement…

Le lendemain. Il n’a pas compris pourquoi ces hommes en noir et képi vissé sur la tête sont venus le chercher à la fin de son service.

Sous bonne escorte il a quitté la boutique. Laissant son amoureuse encore couchée.

Au dessus de la porte l’enseigne indique « Maison funéraire : Marbres et fleurs » . Et en dessous un panonceau indique :  » Service soigné… »

7 Comments

      1. Tu m’as bien eu j’avoue avec cette sensualité même si j’ai eu un doute un moment quand il lui a mis le genou. Le langage est devenu…plus ŕaide si j’ose dire. En tout cas, elle l’était bien. Du coup, la chute est surprenante et tout s’accorde. Bien mené!

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