Le plus beau cadeau du monde

Ce texte : écrit à la suite d’un défi littéraire posé par mes amis Dom et Pat dont vous pouvez lire les productions en cliquant sur leurs prénoms.

Il s’agissait d’écrire un texte dont le thème était « le plus beau cadeau du monde » les mots imposés : compagnie, acier, bruit. Heureuse et fière de partager avec mes deux talentueux amis ces jeux littéraires.

Il court en zigzaguant sous un orage de feu et d’acier, le coeur tranquille à présent que dans sa tête contrastant avec l’épouvantable bruit ambiant, le silence s’est installé. C’est l’effet habituel, comme si son corps se dissociait de ses sens pour supporter l’insupportable. La compagnie a répondu à l’ordre du sergent et comme un seul homme, escaladé le muret qui sépare les tranchées du no mans land : un feu nourri d’artillerie a préparé l’assaut. Cest ça la guerre, beaucoup d’ennui terrés dans les tranchées, quelques assauts aussi brefs que meurtriers, et entre chacun de ces assauts, les soldats se raccrochent à l’espoir de la prochaine permission et subissent la longue attente, la promiscuité des hommes et des rats, la boue omniprésente malgré les parapets qui les protègent médiocrement des intempéries, les engelures, les poux…
Devant lui, que l’on n’appelle plus dans sa compagnie que le petit soldat ou petit, le dos large de Camille, le vétéran qui l’a pris sous sa protection, avec lequel il partage tout. Dans une poche intérieure de sa vareuse son talisman le petit livre dont il ne se sépare jamais.
Le petit soldat qui sait lire contrairement à beaucoup de ses camarades raconte souvent à ses frères de tranchée le contenu du petit livre. L’histoire du plus beau cadeau du monde qui n’est jamais le même pour tout le monde…
Ce conte animalier qui se raconte dans sa famille de générations en générations, le petit soldat le transmet à son tour à ses compagnons d’infortune. Qu’est-ce que le plus beau cadeau du monde ? La petite souris 🐭 couine : « un gros morceau de fromage à partager voila le plus beau cadeau du monde », le chat 🐱 lui qui veut la croquer n’aime rien tant sinon qu’une bonne sardine en boite : « Voila miaule-t il le plus beau cadeau du monde…  » Le chien 🐕 avec sa grosse voix grogne : « Vous n’y êtes pas du tout, un bel os de boeuf à ronger, une place bien près de la cheminée aux pieds de mon maître : voila le plus beau cadeau du monde ». La vache 🐮 le contemple de haut : « Meuh non beugle-t-elle un os de boeuf quelle horreur ! que l’on me mène dans un pré avec de la bonne herbe bien fraiche au soleil et mon veau qui gambade autour de moi voici le plus beau cadeau du monde…  » le petit conte se conclut par cette phrase « Et pour toi quel serait le plus beau cadeau du monde ? » Les soldats attendent toujours cette conclusion avec une sorte de joie douloureuse et dans la compagnie chacun y va de son souhait et s’entrecroisant dans une douce cacophonie nostalgique s’énoncent leurs plus beaux cadeaux du monde : « un bon repas, un festin de saucisses, ragoût ou encore grattons, farcies…Découvrir la mer, Revenir chez soi, une maison à soi, embrasser sa fiancée, épouser Margot, Toinette ou Simone… » Ce jour là le petit soldat restait étrangement silencieux et au bout d’ un moment, les autres se sont enquis « et toi donc petit c’ est quoi ton plus beau cadeau du monde à toi ? Le petit soldat ne le savait pas. Mais un souvenir lui est revenu qu il s’ est empressé de raconter. Mon plus beau cadeau du monde je l’ ai reçu j’avais cinq ans. Mon grand-père me racontait souvent ses aventures de quand il était enfant de troupe. Lui avait fait 70. Il faisait partie des corps de musiciens il était premier tambour et jouait également de la trompette. Le petit soldat aimait le voir sortir la belle trompette en argent de son étui. Or ce Noël, celui de ses cinq ans il se rappelle de son ravissement devant la petite trompette, réplique miniature de celle du vieux hussard, cachée dans la chaussette pendue à l’âtre. Sous le bas de laine un beau petit tambour 🥁 rouge et or et ses baguettes de bois. Il avait défilé toute la journée tantôt donnant de la trompette et tantôt battant du tambour… et de mimer l’embouchure de la 🎺 et Taratata mima t-il encore hilare et les soldats s’émurent. Plus tard aussitôt mangé les rations et bu l’eau d’orge torréfiée préparée par le cantinier. Ils se sont étendus, il fallait se reposer avant l’assaut du soir. Il se murmurait que c était le moment où jamais de se rendre maîtres de la tranchée qui leur faisait face. L’ennemi attendait des renforts… Ces moments d’avant sont les pires pour les soldats qui suivant leur religion prient ou jurent, écrivent des lettres. Seul le petit soldat a vraiment dormi. ce n’ est qu’un enfant après tout, à peine seize ans, nourri de gloire militaire et revanche patriotique, il a devancé l’appel, menti sur son âge et en 17 les haut commandements ne sont plus trop scrupuleux sur l’âge des jeune recrues. Il faut bien remplacer les morts des hécatombes de Verdun, des plaine du nord, du Chemin des Dames… Joffre a dit lissant ses belles bacchantes « Dieu les accueillera tous » et Pétain n’a pas démenti lui qui venait de décimer un régiment pour décourager les désertions. Dans le rêve du petit soldat, un petit garçon joufflu les joues rouges d’avoir soufflé dans sa trompette battait du tambour. Il s’est endormi la tête sur les genoux de Camille… Camille dont il suit à présent le large dos, dont il ne voit la silhouette trapue que par intermittence, au gré des fusées qui l’éclairent. Dans le No Mans Land et dans cet assaut qui n’en finit pas, l’enfant reste sous l’emprise du rêve. A présent et tandis que sous ses pieds s’ouvre un abîme, alors que sous l’effet de la déflagration il vole, le petit soldat ne voit pas Camille faire volte face, courir vers lui en hurlant, n’a en tête que la question de ses camarades de combat : « qu’est-ce que ton plus beau cadeau du monde ? C’est que la guerre s’arrête bien sûr, lui soufflent qui couinant miaulant qui aboyant beuglant, ses amis du conte cette guerre et toutes les autres ensuite » Le petit soldat ne pense plus, ne songe plus, il dort. Lové au fonds du trou comme en un nid douillet et son visage lisse, imberbe encore, Il semble dormir, heureux d’avoir trouvé la réponse, un léger sourire joue sur ses lèvres. C’est Camille qui le retrouve : Son visage d’une pâleur de cire, son torse imbibé de sang, dessous plus rien la bombe a tout emporté. Et tandis que Camille en pleurant, Camille qui s’est porté volontaire lors de la trêve qui suit les assauts pour récupérer les victimes, le charge sur son dos, il sent sous la vareuse le petit livre, côté coeur. Le petit livre talisman qui cette fois n’a pas joué son rôle. Mais c’est la guerre et il faut que les soldats, et même les enfants soldats meurent… On enterre le petit soldat en vitesse, avec cinq ou six de ses camarades, on l’enterre sans tambour ni trompette donc, mais pour l’éternité, sur la couverture de son petit livre dont on n’a pas eu le courage de le séparer un petit garçon blond, rose et joufflu, un petit soldat joue…

11 Comments

  1. Oui je devrais éviter le pire pas trop vieille et vaccinée.. et tu as raison ce n est pas si grave !! Ca va me donner du temps quand j aurais émergé de mon état un peu léthargique 🙂 j ai de la peine pour 2 de mes enfants qui se retrouvent cas contact et doivent annuler leurs festivités et de ne pas voir la 3é qui devait venir aujourd’hui et que je vois peu. Rien de grave ! Bisous à toi et prends soin de toi !

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  2. Zéa la littéraire 🙂 l’alter ego de Dom la blablateuse, trouve que c’est un bon scénario, bien que triste, mais à la prose bien maîtrisée.
    Coucou Cécile, j’avais envie de te faire un petit bonjour depuis mon autre blog (que je vais essayer de faire revivre après de nombreux mois d’arrêt).
    Biz de Dom Zéa !

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      1. Oui, j’avais cru comprendre que tu avais été malencontreusement covidée en lisant ta réponse su ton blog ! J’en suis désolée. Du moment que cela n’entraîne pas d’hospitalisation et/ou d’extrême gravité à ta santé… Du temps pour écrire 🙂
        Je te souhaite prompt rétablissement ! Reviens-nous en forme, Plume Agile !

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      1. Merci Pat deux de mes enfants sont restés avec nous jouent et mangent avec leur beau père l’aident à prendre soin de leur vieille maman alors malgré l’isolement c’est supportable !! Une excuse pour lâcher un peu prise indépendamment du COVID j’ étais très fatiguée.

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        1. Au moins tu devrais être tranquille un moment après. Quelle saleté quand même ce virus avec les autres infections de l’hiver . Et dis : Si le Covid prenait la gastro en grippe en 2022 ?

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  3. Chère Cécile ! Je comprends pourquoi tu nous as dis que tu avais besoin de temps pour terminer ta participation 🙂
    Plaisanterie à part, beau texte, abouti, et totalement dans le thème du plus beau cadeau du monde. En effet, je pense qu’on ne pourrait pas compter le nombre de fois au monde qu’ont été prononcées ces paroles « …que la guerre s’arrête ! ». Défi relevé !
    Tu sembles bien connaître cette période, la vie des tranchées, Verdun, etc… Une passion ? Un intérêt particulier ?
    En tout cas, je suis heureuse de vous avoir retrouvés, Pat et toi, au sein de nos petits jeux d’écriture. L’un de mes vœux : Que cela continue ! 🙂
    Biz et amitié.

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  4. Ah oui ! quand même ! Ma foi, je dirai que ce joli texte pourrait sortir d’un beau roman ou d’un témoignage. Il me rappelle un film à cette époque, véridique je crois qui raconte une trêve durant Noël entre soldats français et allemands, un peu surréaliste mais tellement émouvant. Comme ton cadeau, ce rêve pourtant si important…Que les guerres s’arrêtent est un très beau cadeau pour l’humanité. Défi réussi pour toi incontestablement. Bisous et encore joyeuses fêtes. Je rebloguerai demain, la tête reposée…

    Aimé par 2 personnes

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